vendredi, juin 13, 2008

Le badge de la persévérance

L'orgueil à deux ans trois quarts, c'est la tare de tous les instants qui agit comme essentielle prémisse à l'autonomie.

Cela se manifeste cent fois par jour. Si je vais chercher des vêtements pour habiller le jeune homme, il en est indigné et les retourne illico dans ses tiroirs pour revenir vers moi avec son air de défi...puis retourner ensuite en chercher lui-même (idéalement d'autres que ceux que j'avais préalablement choisis).

En bref, il défait tout ce que je fais pour le refaire lui-même, à sa manière et toujours en me défiant de ses sourcils froncés.

Ce matin, l'orgueil de mon bonhomme l'enveloppa d'un ridicule rarement égalé malgré tous les visages qu'il est capable d'emprunter.

Alors que Frédéric passa près de moi, je remarquai sur sa clavicule un peu de beurre de peanut que je ramassai avec mon doigt en m'exclamant un "Miam!" gourmand.

Insulté que je me sois approprié sa réserve portative (quoique involontaire) de beurre de peanut, il se mit à bougonner et à tenter d'atteindre tant bien que mal sa clavicule avec sa langue pour en finaliser le nettoyage. Ne réussissant guère, il tourna en rond dans la salle à manger en pleurnichant la langue sortie en quête d'un contact impossible avec l'os inaccessible qui lui causait tant de misère.

Ne réussissant à conforter son ego dans son ambitieux exercice de flexibilité, il avança malicieusement vers moi au bout de quelques minutes avec cet air familier de défi. Crédule, je crus qu'il avait réalisé le ridicule de sa manoeuvre, qu'il baissait sagement les armes et venait faire la paix avec moi.

Eh bien je me trompais.

Il profita sournoisement de ce bref moment de déstabilisation de ma part pour saisir la moitié de toast subsistant dans mon assiette, en étamper le beurre de peanut près de son épaule et se sauva en courant afin de poursuivre avec entêtement son exercice de léchage de clavicule.

Oh, il a beau avoir une grande langue, il ne réussit guère. Toutefois, parce que la généreuse étampe de beurre de peanut qu'il arborait fièrement faisait office de badge de la persévérance dont il avait fait preuve, il refusa catégoriquement que je ne l'essuie.

Ce n'est que dans une autre situation où son orgueil fut écorché au point de s'en prendre injustement à un frère plus grand, plus fort et plus pacifique que lui que le badge de la persévérance fut transféré malencontreusement sur le chandail de l'autre.

Mon intuition me sussure qu'on n'a pas fini de dealer avec un orgueil aussi tenace.

3 commentaires:

Anonyme a dit...

Huummm,

Tout un caractère de «Mr-je-dois-te-prendre-avec-des-Pincettes», qui reste en bout de ligne absolument charmant et mignon! Faut dire que dans les grandes familles,(et en général dans la vie)faut en avoir du caractère!

Quand le bébé sera là, il deviendra sans doute le meilleur des «helpers»!

Bonne journée, bon soleil!
France

Tania a dit...

*hahahahaha* trop drôle!! Je ne peux qu'encore une fois applaudir ta sagesse et ta patience, je suppose que c'est l'expérience, moi j'aurais probablement tenter de me débattre avec l'orgueilleux pour lui enlever la trace de "persévérance" ;o) Ah, on verra bien quand j'en aurai moi-même (je ne pense pas être assez zen encore! *hahaha*)

Annie a dit...

Si j'te comprends... (j'en ai un du 12 septembre 2005 ici...)

Mais on les aime tellement! hihihi