jeudi, janvier 31, 2008

Lionne ou chef?

Par rapport aux reproches d’autrui vis-à-vis de nos enfants, il existe trois types de parents : ceux qui refusent catégoriquement toute réprimande venant d’une autorité extérieure faite à leurs enfants, ces petits anges irréprochables. Tout reproche fait à leur chouchou est toujours injustifié et la question n’est même pas discutable. Quoiqu'il ait fait de répréhensible, leur adorable enfant sera toujours blanc comme neige.

Il existe aussi ces parents qui, sous les reproches d’un voisin, du parent d’un camarade, d’un membre de la famille éloigné font immédiatement les gros yeux à leur rejeton avant même d’avoir obtenu sa version de l’éventuelle bêtise. L’enfant est mieux d’avoir une bonne explication et s’il y a lieu, il devra aller présenter des excuses en bonne et due forme à la personne lésée.

Puis, il y a ces parents à l’image de la grand-mère de Dany Laferrière dans l’Odeur du café, c’est-à-dire ceux qui blanchissent de toute faute leur petiot devant autrui, mais qui dès la porte de la maison fermée font passer un mauvais quart d’heure au fautif.

Depuis que je suis mère, je suis du deuxième type. Je ne tolère pas l’idée que ma marmaille ne soit pas conséquente ou puisse avoir mauvaise réputation. S’il y a erreur, il devra nécessairement y avoir réparation.

Cependant, cet après-midi, la lionne en moi a bondi et fait de ma personne une mère de troisième type.

Au café, où j’avais emmené avec moi un de mes petits convalescents, un homme qui pourtant semblait mériter un certain respect a apostrophé mon enfant en soulignant avec impatience et mépris son « manque de savoir-vivre parce qu’il ne mettait pas sa main devant sa bouche lorsqu’il toussait. »

Son commentaire aurait pu s’adresser à mon fils, à lui-même ou encore à moi, la mère indigne qui laissait tousser son enfant sans réagir mais le grommellement était indistinct et comme j’ai horreur des demi-mots mal assumés, j’ai réagi fortement.

En temps normal, j’aurais amadoué ou ignoré l’homme et rappelé discrètement à mon enfant de diriger sa toux vers le creux de son coude. Seulement, cette fois, la lionne étant ce qu’elle est, je ne fus pas clémente envers le moralisateur et bondis de mon fauteuil pour lui souligner que mon fils savait très bien vivre, qu’il avait pu y avoir oubli et lui rappeler que le savoir-vivre n’était pas qu’une question de manières physiques, mais également de civisme dans le ton employé lorsqu’on s’adresse aux gens. Je lui ai rappelé que les adultes ne pouvaient exiger des enfants de bonnes manières s’ils ne savaient eux-mêmes s’exprimer poliment.

Quelle insulte de sentir mon enfant perçu comme effronté alors que s’il y a une chose sur laquelle j’insiste dans mon éducation, ce sont les bonnes manières, le civisme, la politesse, le respect et le savoir-vivre! Qui dont était cet homme pour juger mon enfant ainsi sans le connaître réellement?

Malgré mes bonnes intentions, mes enfants ne sont pas infaillibles et lorsque des rappels doivent être faits, je m’en charge avec orgueil. À la limite, si l’adulte intervenant sait aussi s’exprimer à mon enfant avec respect, je tolère et offre même parfois un regard approbateur.

J’ai donc invectivé l’homme à mon tour en lui rappelant sèchement que tousser devant sa main était à proscrire et qu’il était nettement préférable de tousser vers son coude. J’ai rappelé à mon fils les règles d’hygiène qu’il avait omis d’appliquer et suis retournée à ma rédaction en ravalant mes vestiges de colère.

L’homme (courtois, tout de même), m’a souligné sa non-rancœur au moment où je quittais et m’a demandé si mon fils était enfant unique. Sur un ton de défi, je lui ai parlé de ma grande famille. J’ai même mentionné le petiot en route et lui ai souhaité une bonne journée. C'était honorable, tout de même, de tenter de faire la paix avec moi, cette bête féline rugissante qu'il ne reverrait probablement jamais.

Dans la voiture, mon fils mit ses gants blancs pour me confier à propos de mon ton autoritaire: « Maman, quand tu parles sur ce ton-là aux gens, c’est comme si tu étais un chef, comme si les gens ne pouvaient pas te désobéir. »

On peut dire ça comme ça, mais moi, je me perçois plutôt comme une lionne féroce en ce moment. Na!

6 commentaires:

Tcha (fils ainé ) a dit...

C'est pas vrai, il y en a un autre type de parent (toi, maman) qui ne prennent pas du tout le temps d'écouter la version de l'enfant accusé, notament MOI. Si l'on te dit que j'ai étranglé quelqu'un, tu ne m'écoute pas et tu me punis directement !!! mais ce qui est drole, c'est que tu ne le fais qu'avec MOI !!!

Grande Dame a dit...

(Sois discret, Fils Ainé, mes lecteurs croient peut-etre que je suis une bonne mère)

Intellex a dit...

Vous nous aviez un jour confié que vos hormones vous mettaient dans de drôles de réactions, mais là, hihihi, c'est trop bon ! ;-) J'aurais aimé être assise à la table de droite !
Cela dit, je comprends votre réaction. Et j'estime votre sang-froid. Personnellement, en des cas semblables, je dis "la pomme ne tombe jamais loin du pommier" et je tousse et retousse en direction du monsieur malapris. Dans ma tête, il va s'en dire. En réalité, je "choke" et j'affiche un air "fermez-là"...
Fils aîné a, malgré ses penchants morbides pour la strangulation, un excellent vocabulaire ! ;-)

Pierre F. a dit...

Bonjour GrandeDame,

Eh ben...vous êtes sous surveillance, ma chère. C'est rassurant de savoir que des espions nous garantissent la véracité de vos anecdotes. lolll

Tangerine a dit...

Il ne te manquait que les grandes bottes de cuir et le fouet pour finir d'impressionner ce vilain monsieur.
Tu as bien fait de lui dire ta façon de penser!

Caro et cie a dit...

J'aurais fait pareil...;-)

Je trouve que les adultes sont parfois d'une débilité avec les enfants... ils sont bêtes, intolérants...

L'autre jour, Sara avance doucement au début d'une pente en planche à neige. Elle ne prend pas beaucoup de place, je suis derrière... Une dame arrive, dit attention et se colle sur Sara pour passer. À ce moment SAra faisait un petit slalom...

La femme (c'est Sara qui me l'a raconté) a dit à son mari: ha, c'est jeune aujourd'hui, les pentes leurs appartiennent!

Pauvre elle... Si je l'avais revu, elle aurait su ce que j'en pensais!;-)