mercredi, mai 23, 2007

Dîner gastronomique nouveau genre

Je vous ai déjà parlé de ma hantise de la préparation des boîtes à lunch. Mon calvaire!!

S'il y avait une tâche dont je pouvais m'exempter dans une journée, ce serait assurément celle-là.

Un matin de plus, cette semaine, je me préparai à assumer mon malheureux sort de mère-préparatrice-en-chef-du-lunch-de-sa-marmaille -sort que j'assume lamentablement chaque matin dix minutes avant le départ de mes "trois du primaire".

Machinalement, tandis que je répétais mon agréable leitmotiv matinal sur le brossage de dents, le besoin de se hâter, le rappel qu'il est possible de prolonger le merveilleux bonheur d'insulter ses frères tout en enfilant ses chaussures, j'étendais de la mayonnaise sur six tranches de pain.

Au moment où je m'apprêtais à disposer joliment les tranches de dinde sur la moitié des tranches de pain, une effluve douteuse effleura mes narines.

Soucieuse d'en localiser l'origine, je respirai un bon coup en direction de mon suspect numéro 1: le paquet de charcuterie. Verdict: cette dinde était douteuse. Je vérifiai la date de péremption: elle expirait dans six jours.

En guise de réflexion profonde, je lèvai un sourcil et me grattai tendrement le menton.

Je sortis brutalement de ma réflexion lorsque ma fibre malicieuse repéra le ravissant jeune homme traînant sur le tapis d'entrée. C'est alors qu'une idée saugrenue et tout à fait vilaine germa naturellement dans mon vil esprit.

-Louuuu!, demandai-je indignement en lui tendant un petit bout de la douteuse viande, Goûterais-tu à ça pour moi STP?

Le jeune homme, se sentant piégé, me regarda en levant lui aussi le sourcil. Un moment, un duel se joua entre nos quatre yeux et je le perdis lamentablement.

J'avais besoin d'un cobaye plus naïf coopératif, ressource plutôt difficile à trouver à ce stade de la situation. Mal prise, je tentai tout de même le coup: " Grand-Chaaarme! Viens ici STP!"

Cet enfant, probablement le plus serviable d'entre tous, allait sans doute pouvoir m'aider à établir un jugement sans failles. Il apparut au bout de trois instants: "Quoi?"

-Pourrais-tu goûter pour moi ce bout de viande, osai-je audacieusement tandis que je tentai de réprimer un sourire vilain allant assurément trahir ma profonde indignité.

Il leva un sourcil -Pourquoi?

-Je me demande si la viande est encore bonne. La date m'assure que oui, mais l'odeur me fait douter. J'aurai besoin de papilles averties.

Il leva l'autre sourcil et en ne me quittant pas des yeux, déposa le bout de viande sur sa langue-aux-papilles-averties.

Il se dirigea aussitôt vers la poubelle et recracha le tout en réussissant à prononcer un persuasif "Ouaaaach" qui confirma ma pensée initiale: je ne préparerais pas de sandwichs avec cette dinde aujourd'hui.

Je sommai ma progéniture de partir immédiatement pour la classe en me laissant les boîtes à lunch. Je leur rapporterais en avant-midi bien remplies.

J'étais une mère pitoyable, une mère pas fichue de préparer des lunchs convenables à ses enfants, une mère n'ayant pas de solution de rechange, une mère sans ressources.

J'allai conduire mon Tout-Petit à la garderie ("Dieu merci, celui-là va dîner dignement!", que je me dis lorsque son éducatrice me montra fièrement la salade froide de têtes de violons qu'elle venait tout juste de cuisiner), puis armée de ma facture, fis une halte à l'épicerie pour faire changer la fétide charcuterie et acheter quelques collations dignes de ce nom.

Je fis un bond à l'école porter les trois boîtes à lunch pleines, puis revins chez moi avec une pensée encore plus douloureuse: Fils Aîné s'était fait un sandwich avec cette viande le matin même. Pire encore, il avait suivi mon conseil et apporté en guise de collation le muffin recommandé la veille.

Or, il se trouvait que le matin même, mon attention avait été sollicitée par les deux copains dudit muffins, tous deux recouverts d'une duveteuse et confortable mousse verte.

Je retirai la ceinture de mon jeans, m'affligeai trois ou quatre coups dans le dos, puis partis rédiger dans un café en ne manquant pas de surveiller l'heure.

C'est ainsi que vers midi, je me pointai à la cafétéria de l'école de Fils Aîné et bravai les hordes d'adolescents affamés pour retrouver le mien.

Je le découvris attablé seul, sage, se préparant à engloutir la troisième bouchée de cet offensif sandwich. Du haut de ma balustrade, je lui criai: "Fils Aîné! Non! Arrête! Ne mange pas ça!"

Il leva les yeux vers moi, un point d'interrogation arborant son doux visage nouvellement moustachu.

Prête à tout pour sauver mon enfant (après avoir pitoyablement exposé les autres à un extrême danger quelques heures plus tôt), je réitérai mon ordre: "Ne mange pas ça!"

Interdit, il me dévisagea, ne sachant plus trop que faire de la bouchée qu'il était en train de mâchouiller élégamment, tel que je le lui avais appris. J'allai à sa rencontre, observai jalousement le plateau bien garni de son meilleur ami qui arrivait de la cafétéria. Je plongeai la main dans mon sac et lui tendis de la monnaie: "Va te chercher un repas convenable."

-Qu'est-ce que tu fais ici maman? Mon sandwich est correct!

-NON!, lui répétai-je. J'ai sacrifié la vie de ton frère ce matin pour m'assurer que tu ne t'empoisonnerais pas ce midi.

-? (il prit l'argent)

J'ouvris mon sac et d'un geste héroïque, lui tendis la collation imberbe que j'avais pris soin d'y glisser avant de partir.

-Oui, j'avais remarqué que le muffin était velu, me répondit-il. Je ne l'ai pas mangé.

C'est ainsi qu'après avoir joué dangereusement avec la vie des êtres qui me sont le plus cher au monde, je rentrai sagement à la maison faire mariner les tartines au beurre de peanut qui allaient constituer notre repas du soir.

18 commentaires:

Annie a dit...

Mouahahahhahahaha!!!!

ophise a dit...

Bonjour Grande Dame,
Des mois que je ne commente pas car le fond noir m'arrachait les yeux : youpiiiiii tu as changé !!!
Bon, eh bien, comme gage à la suite de ces mésaventures j'imagine que tu es consciente que tu en as encore pour environ 8 ou 9 ans de boites à lunch ??? (nyark)

FD a dit...

waaaaarf !! je me moque parceque s'il n'y avait pas la salvatrice cantine chez nous (l'équivallent de votre caféteria à laquelle ma marmaille se fournit tous les jours) ce serait pareil chez moi ! Lorsqu'ils partent en sortie scolaire et qu'il me faut leur préparer une lunch box j'en suis toujours désemparée et ça m'ouvre des abîmes d'angoisse !
Mère exemplaire vous ètes, j'en suis béate d'admiration !

Cyndie a dit...

hahaha vous avez une de ces façons de raconter les évènements du quotidien... Tout simplement trèèès divertissant! :D

Une femme libre a dit...

Ce billet est... euh... délicieux? ;o)

Dr Maman a dit...

Wow... garder la facture de l'épicerie... vous m'épatates!!!!! :-)

Braver la honte de fils ainé de vous voir à l'école, devant ses camarades... Chapeau!!

Quelle plume!! Merci pour ce "savoureux" moment!

Anonyme a dit...

J'ai tellement rit!!!! Heuuu...c'est sûr que c'est parce que je m'y retrouve, mais tu as une manière si savoureuse de le dire. Ça fait du bien de lire que je ne suis pas la seule à vivre ce petit calvaire( peut être qu'un jour ça deviendra un tendre souvenir, mais j'en doute...)Imagine, je me claque de 4 à 6 lunchs à chaque matin, toujours ou presque à la dernière minute (trop «paresseuse» pour les faire le soir...)depuis bientôt 13 ans (quand même, ça commencé par un...)Je vacille entre la culpabilité ( ma mère ne cesse de me dire: «ta cousine extraordinaire, ELLE, les fait faire tous les soirs par ses 3 enfants...tu devrais faire pareil... Heuu...me semble que ça me prendrait encore plus d'énergie et de temps...)la bonté maternelle et le «cassage» de tête -«Merde qu'est ce que je peux encore bien mettre dans les lunchs?»...et ça s'améliore à peine avec le temps.
En plus j'ai eu des informations sur ces fameuses nitrines, qui imbibent les viandes froides. Elles sont cancérigènes et toxiques... ce qui ne m'aide vraiment pas à concocter les lunchs... après un mois de sandwichs au fromage, il y eut révolte sur le navire...Alors vive les nitrites que j'oublie de temps en temps.
Ainsi donc je compatis, je ris et comme fd a dit:« Mère exemplaire vous êtes, j'en suis béate d'admiration!»
France

Grande Dame a dit...

Ophise, heureuse de vous voir sortir de l'ombre. C'est plus clair ainsi. :-)

fd, bienheureux soulagement que d'entendre quelqu'une partager ma terrible galère!

Dr. Maman, Fils Aîné n'est pas encore embarrassé de me voir émerger dans son univers. Il me fait encore des câlins devant ses amis et me dit qu'il m'aime sans gêne.

Et puis, avoir une maman jeune et encore "enfantante", c'est utile pour séduire de façon passive la gente féminine: lorsque je vais chercher Grand Homme à l'école, j'en profite pour faire une halte au casier de Fils Aîné, qui est stratégiquement positionné entre deux casiers de filles.

Donc je me pointe avec Bébé aux bras, Fils Aîné se retourne, les filles aussi.

Fils Aîné s'étonne de me voir, fait des guilis-guilis à son bébé frère et les filles se pâment illico (sur le bébé, bien entendu): "Ohhhh, yé cuuuuute!!!".

Un garçon qui sait s'occuper d'un bébé, ça a la cote auprès des demoiselles. Fils Aîné a donc de nouvelles admiratrices grâce à moi (et je ne vous parle même pas des élèves de Grand-Homme!).

Pour la facture, aurais-je dû souligner mon geste héroïque de fouille dans les décombres de la poubelle, prête à tout pour économiser 8$ ? ;-)

France, vous qui partagez mon calvaire, je vous envoie toute ma compassion.

Il y a quelques années, je ne gâtais pas mes enfants et ils faisaient eux-même leurs lunchs. Quel mauvais pli je leur donne à présent!

Gooba a dit...

T'es vraiment indigne, comme mère! J'ose espérer que tu en as rajouté à la réalité parce que sinon, c'est vraiment moche!!! :-)

Marchello a dit...

Grande-Dame, la prochaine fois, au lieu de gaspiller, vous pouvez enlever la couche de moisis avec un petit couteau à patate. C'est conseillé d'enlever une tranche un peu plus épaisse que la couche velue.

P.S. Je me demande si ce conseil écolo pourrait faire office de B.A. à faire que Gooba m'a refilé?
Pas sûr?

Annie a dit...

C'est arrivé une fois à ma meilleure amie au secondaire d'avoir un sandwich "pas bon" pour diner. C'était au flocon de jambon et ça sentait la peinture à char!!!! :-S

Pas mal rassurant!

Gooba a dit...

Ah non, Marchello! Trop faf! :-)

Moi et ma couvée a dit...

Aie aie ! Je serais morte de honte si ma mère était venue à la cafétéria dans le temps que j'étais au secondaire!
Il est vraiment charmant ton grand!! Ou tu es vraiment magnifique et il veut te montrer à tous ses copains!! hihhi

Tangerine du Québec a dit...

Hahaha! Té folle!
Moi aussi j'aime bien me flageller quand je me sens coupable de quelque chose !

Caro et cie a dit...

Adepte de la dernière minute moi aussi (le soir, y'a tellement d'autres choses à faire que des lunchs ..:-P), j'ai toujours des baggles et du fromage à la crème... c'est vite fait en cas d'urgence!!!lol...

Dans le même ordre d'idée, j'étais allée porter le lunch de CHarles car il l'avait oublié...

HOrreur, la secrétaire me rappelle pour me dire qu'il y a un problème avec le dit lunch: tout est pourri là-dedans...

hahann... j'avais amené celle qui trainait depuis surement un bon de temps à mon insu...lolol...

Bon.. ça fait du bien d'en parler!!!!

Grande Dame a dit...

Gooba, est-ce que t'es en train de dire que je manque de crédibilité? :-P

Caro, dans ces cas-là, mieux vaut avoir un bon sens de l'auto-dérision.

Il suffit d'une fois où tu apportes un lunch velu pour que faire de l'ombre à toutes ces fois où les enfants ont eu de ces repas dignes de petits princes. La quête de cocasseries est bcp plus tentante.

Ce billet aurait-il été aussi intéressant si je vous avais parlé des matins où je me suis surpassée en matière de lunchs? La perfection, c'est plate à mort, non? :-P

JMartyne a dit...

Moi je ris comme une perverse en lisant madame la Grande qui se cherche un goûteur pour tester la marchandise.
Et je pense à ce pauvre, dans Astérix, qui s'écriait des "Oulàoulàoulà" !!!

Anonyme a dit...

Effectivement parler des centaines de lunchs exemplaires aurait été bien ennuyant( autant au niveau humoristique, que d'intérêt général)...La perfection(comme la réponse à tout) est considérée comme naturelle chez les mères( celui qui a inventé ça devait être orphelin ou avait occulté son enfance)et ne tient donc pas de l'exploit.Par contre (sans être bitch ou misogyne) si mon chum fait les lunchs...( je l'aime quand même)
France