mercredi, mai 30, 2007

Examen de conscience

Chers lecteurs, chères lectrices,

Vous qui lisez les impertinences livrées ici depuis longtemps ou depuis peu en avez assurément des raisons avouées:

a) Vous aimez mon style prétentieux (cela dévoile malgré vous votre petit côté maso).

b) Tandis que j'écris pour dédramatiser certaines situations familiales désespérantes en les badigeonnant de potion d'humour, vous vous bidonnez sur mon cas parce que vous, vos enfants ne font jamais de bêtises, obéissent au doigt et à l'oeil et ne se disputent jamais. (Vous rehaussez alors votre estime parental sur la misère d'autrui, ce n'est pas très chic.)

c) Vous ressentez une profonde compassion pour moi, si douce, si empathique, si bien intentionnée, ayant une âme si noble, si intensément merveilleuse et qui ai vécu la pire hantise de tous les parents. Votre empathie à mon égard fait en sorte que vous ne pouvez vous résoudre à cesser de me lire même quand j'écris des niaiseries. Vous vous êtes profondément attaché à moi (c'est vrai que je suis attachante, han!?).

Ou alors, des raisons inavouées vous ont amené ici:

d) Vous êtes le ou la pervers (e) qui aboutit ici en tapant sur google les ignominies suivantes: comment j'ai pelotté ma mère, sucer son frère, sucer son fils. (Oui, allez vous cacher, moi aussi je serais morte de honte à votre place)

e) Vous n'avez rien à faire de votre matinée et vous en avez marre de lire la liste des ingrédients sur la boîte de céréales (il y a aussi la bouteille de ketchup, le pot de crème glacée, les plats congelés, les ragoûts de boulettes en boîte, etc).

f) Vous vous appelez Gilles, avez les oreilles décollées et êtes celui qui m'a humiliée devant toute la salle des casiers en secondaire 2 parce que moi, je vous trouvais beau et que j'ai assumé mon bégain jusqu'à vous demander votre photo, que vous m'avez durement refusée devant la foule estudiantine. Vous me cherchez désespérément depuis dix-huit ans pour me dire à quel point vous regrettez, qu'en réalité, vous étiez amoureux de moi mais que vous étiez trop timide pour me répondre autre chose que ce "MANGE D'LA MARDE!!" à tue-tête. (Sachez alors, cher Gilles, que je ne vous en veux point. Grâce à vous, aujourd'hui, je suis une personne remplie d'humilité. Et je vous le dis tout de suite, je refuserai vos éventuelles avances. Je suis en amour depuis quatre ans avec un homme qui n'a pas les oreilles décollées et qui me laisse prendre de lui toutes les photos imaginables sous tous les angles possibles. Tant pis pour vous, vous n'aviez qu'à saisir votre chance avec la femme exclusive que je suis lorsqu'elle se présentait).

***

Maintenant que votre réflexion personnelle a été amorcée et que vous avez bien pris conscience de pourquoi vous me lisez, je vous demande ceci: savez-vous réellement qui je suis?

En principe, à moins d'être la perspicace dame qui m'a abordée le mois dernier dans ce souper spaghetti scout pour me dire qu'elle me lisait (me laissant du même coup profondément ébahie qu'on ait pu me démasquer, d'autant plus que le matin même, j'avais moi-même démasqué la sympathique Aurélie dans un contexte aussi anonyme, me désillusionnant du même coup sur le mythe de l'anonymat des blogs), vous ne savez pas vraiment qui je suis professionnalement parlant pour la simple raison que je ne parle jamais de mon boulot.

Vous savez que j'ai étudié en communication organisationnelle et travaillé dans le même domaine. Je vous ai déjà parlé de ma petite entreprise pour laquelle je participais à différentes activités de réseautage à la Chambre de Commerce, avec des groupes de jeunes entrepreneurs dans le cadre de 5 à 7, de déjeuners d'affaires, de formations et de différents ateliers. Eh bien ceci fait maintenant partie du passé.

J'ai sabordé mon entreprise. Très douloureuse, mais nécessaire décision. On investit tellement de nous-même dans une entreprise! Mais bon, il le fallait. J'avais besoin de recul.

Et je l'ai pris. J'avais un deuil à vivre, bordel de merde! Je ne lui laissais que très peu de place malgré tout mon chagrin parce que j'étais sous le choc, parce que j'avais trop de feux à éteindre, trop de choses à gérer, trop de responsabilités, parce que trop de monde autour de moi baignait dans la peine et qu'il fallait bien que quelqu'un tienne le fort. Mais en réalité, je croulais moi-même sous un Immense Chagrin, je voulais mon fils, je voulais comprendre pourquoi j'avais à vivre cette épreuve!

J'ai donc suivi le conseil anodin, mais Ô combien pertinent de Tangerine: j'ai commencé à écrire un livre. Un livre qui draine, qui exorcise. Un livre qui vide et qui remplit, qui fracasse et adoucit. Un livre qui fait pleurer, mais sourire également. Dur, mordant, mais aussi tendre et céleste. J'y travaille depuis six mois.

Sage Tangerine! L'écriture de ce livre m'est salvatrice. Même si je rigole, même si j'ironise en tirant de mon impertinence un malin plaisir, je pense continuellement à lui, Thomas, mon éternel petit garçon. Je songe à des souvenirs tendres, au vide, à ce qu'il serait s'il n'était pas mort, je l'imagine jouer avec son petit frère et imiter les plus vieux. Je pense à son corps qui n'est plus. Je pense à son âme, me demande ce qu'elle fait, à quoi elle s'investit. Je cherche un sens à mon épreuve.

Je m'enligne encore pour un interminable billet. Je vous laisse digérer celui-ci, vous reviens plus tard avec ce qui devait être l'objet principal dans un autre billet...

20 commentaires:

Le Voyou du Bayou a dit...

Je te lis pour la raison C en partie, mais aussi parce que je trouve que tu es intéressante et que tu apportes une couleur particulière à tes écrits. Ce qui est assez rare sur l'insipidosphère.

Nat a dit...

Je te lis parce que je te connais depuis mes débuts sur un forum de discussion, et que dès que j'ai lu tes écrits, tu as capté mon attention.

Maintenant avec ton blog, je me régale de te lire à tous les jours! :o)

Une femme libre a dit...

Je vous lis parce que vous êtes une grande dame et que vous avez de la classe.

Gooba a dit...

Je te lis parce que...

a) tu es prétentieuse et tu t'acceptes, ça enlève un peu le côté pénible de la chose

b) quand je lis tes histoires, je trouve mes enfants TELLEMENT sages, ça me fait du bien

c) douce????!!!??? *aheum*

d) je SUIS morte de honte...

... à ta place...


... que ton blogue soit listé quand on tape des insanités du genre

e) maintenant que je connais les étiquettes de valeur nutritive par coeur, j'ai du temps pour autre chose

f) je ne suis pas Gilles, mais je le connais, par exemple. Ça alors, il va être content de te retrouver. Je lui communique ton adresse sur-le-champ!

Dr Maman a dit...

Je te lis car tu m'impressionnes avec tes enfants. Tu nous décris la couleur de ton quotidien avec une si belle plume. Que tu écrives un livre... il aura du succès!! Tu nous fais passer par une telle gamme d'émotions par tes récits. Tu nous fais du bien... on s'attache à toi et aux tiens.

En passant, ta photo (prise par S@hée) est sublime avec ton entête! C'est vrai qu'on ne connait les bloggeurs que par ce qu'ils veulent bien révèler... je suis jalouse de la dame du souper spaguetti!! :-)

J'espère que tu retrouveras ton certificat de naissance pour prendre ton passeport et aller t'épivarder avec ton frère puisque ton entreprise n'est plus.

Et puis oui, tu es attachante... tu as su aussi conquérir Némo... qui n'est pas fan des longs billets... ;-)))

Doulaya a dit...

Moi, c'est un mélange de B et de D et je connais aussi Gilles (mais moi c'est vrai Gooba :P)

Pis c'est parce que tu es mon amie que je te lis, puisque nous avons des vies très occupé, nos café/souper/terrasse ne sont pas assez régulier pour que je puisse me rassasié suffisement de ta vision /façon de raconter la vie.

xxxxx

Marchello a dit...

Grande Dame, je te lis parce que tu as une façon bien particulière de raconter ce que tu vis. J'aime ton style que je trouve beaucoup plus humouristique que prétencieux. Un ti peu de E itou...

Grand homme a dit...

Moi je lis d'abord parce que je m'inquiète toujours un peu de la façon dont tu racontes nos vies !

Mais je te lis aussi parce que c'est vrai que tu écris très bien et j'aime ta prétention, ton humour et ta façon de décrire notre quotidien.

Annie a dit...

Moi ça fait quoi... 7-8 ans que je te "connais", que j'ai la chance de lire et ça fait autant d'années que je sais que tu as le talent d'écrire. Que tu pourrais facilement, et depuis longtemps, être une excellente écrivaine.

Il y en a qui l'ont et il y en a qui ne l'ont pas. Toi tu fais partie du premier groupe, tout simplement.

J'aimerais beaucoup lire ton livre.

Moi et ma couvée a dit...

Je te lis car tu es adorable, spirituelle, sensible et que ta plume est extraordinaire.

FD a dit...

Je te lis parceque j'aime ça, et ça me procure de l'émotion, de la joie ou de la peine. C'est tout ce que je donnerai comme explication ! Gilles est un crétin, oublie-le.

Cricri a dit...

Je te lis parce que j'aime la clareté d'esprit dont tu fais preuve, le regard que tu portes sur les choses de la vie et la façon dont tu racontes.

Il y a plein de raisons en fait, difficile de décrire ce qu'on aime chez quelqu'un en si peu de mot...

Anonyme a dit...

Je viens de te rencontrer ( quelques semaines) à cause de gooba, que je lis à cause des cornus, que je lis à cause...( l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours...)Mais je te lis surtout parce que j'ai senti ton coeur aimant,blessé et si digne ( tu as très bien choisi ton nom de plume)dans un billet magistral «Traces» où tu parles de l'urgentologue qui a essayé de sauver ton petit garçon Thomas. Ma nièce( son conjoint et ses filles...)ont perdu un fils de 19 mois, d'un cancer généralisé, il y a à peine 6 mois. Tes mots ont su me parler, ont donnés des réponses à mon incapacité d'aider cette famille si belle et courageuse , un baume sur ce qui est innacceptable... Un hymne à la vie et à l'amour qui se poursuit. C'est ta force et ton humour, les mots que tu sais si bien dire pour parler de la vie de famille...Parce que tu as beaucoup de talent et que ça fait du bien de rire!
France

Anne la Banane a dit...

Je lis dans l'espoir de pouvoir photographier tes troupes un jour!

Plus sérieusement, j'aime beaucoup ton style d'écriture et tes histoires de grande famille me laissent imaginer à quoi ressemblera ma vie dans quelques années. Donc oui pour apprécier ta prétention, mais aussi par pur égoïsme!

Gilles a dit...

Te voilà enfin, ma douce.

Les années ont été si vides sans toi. Mes oreilles étaient peut-être décollées (elles ne le sont plus, en passant), mais tu sembles avoir omis un léger détail: les grosses lunettes. Tes grosses lunettes!

Vilaine va!

Grande Dame a dit...

Vous avez adoucit votre ton avec les années, cher Gilles.

Je constate que vous ne m'avez guère oubliée. J'en étais sûre, qui en serait capable, hm?.

Rappelez-moi donc le prénom de cet inséparable ami que vous aviez et sur qui j'ai jeté mon dévolu (qui lui a accepté docilement de m'offrir sa photo) après votre abominable rejet?

Comment se porte votre conscience?

Allez, bonne vie! :-)

Gilles a dit...

Un ami vous aurait demandé votre photo par pitié? Je n'ai malheureusement aucun souvenir de cet épisode.

À cette époque, chère Dame, vous aviez une blonde amie qui vous faisait ombrage. C'est tout ce dont je me souviens.

Et oui, mon ton s'est adouci... Autant que vous êtes probablement jolie.

Sur ce, bonne nuit!

Grande Dame a dit...

Et vlan dans les dents de la Gente Dame!

Forsythia a dit...

La partie sur l'anonymat vient de me faire vraiment peur.
S'il fallait que quelqu'un me trouve, je suis on ne peut plus cuite! :)
Beau billet, j'aime votre style!

Grande Dame a dit...

Forsythia, il faut dire que mon profil est plutôt particulier. Je ne connais pas d'autres mères de six garçons ayant perdu le cinquième...;-)