samedi, juin 09, 2007

Prometteuse jeunesse

Ça sent la fin d'année scolaire à plein nez.

Les enfants ont commencé à ramener des livres, les examens approchent, la fébrilité de la fin des classes les anime, les galas Méritas soulignent la performance des élèves talentueux et les spectacles de musique ont lieu.

Je suis toujours impressionnée par le travail des professeurs de musique qui doivent coordonner tout le travail des élèves avec différents instruments, avec souvent une quinzaine de groupes différents, des chorégraphies pour chacunes des pièces et parfois plusieurs pièces par groupe.

L'an dernier, le spectacle de l'école de Fils Aîné était majestueux et nous nous disions que le travail de recherche (spectacle de musiques multiethniques oblige), pour en arriver à un tel résultat avait dû être ardu. J'en retenais pudiquement mes larmes devant la passion du professeur mais surtout, devant la fierté et la rigueur des élèves. Sans mots devant tant de beauté musicale, nous avions pourtant dû en trouver pour écrire une lettre à l'enseignante afin de lui témoigner notre appréciation.

***

Cette annnée, cette même professeure a migré vers l'école de mes petits et je m'en réjouis. Tel que je l'imaginais, elle a su faire monter d'un (ou deux, ou trois) crans le standing musical de notre petite école loin d'être à vocation musicale. Elle a un don merveilleux pour mettre en harmonie le chant, le xylophone, la flûte, la guitare, le tam-tam. Avec elle, les élèves se surpassent et je m'émeus devant la rigueur, la musique, la fierté des enfants.

Regarder les petites filles timides jouer nerveusement avec les coutures de leur jupe en chantant et en se dandinant le haut du corps me fait me désoler de n'avoir pas de petite fille à moi qui joue nerveusement avec les coutures de sa jupe en chantant et en se dandinant le haut du corps.

De voir les garçons plus indisciplinés être ramenés à l'ordre par un discret geste du professeur me fait sourire. De voir mon Grand-Charme simuler jouer de la flûte au lieu de suivre le groupe m'émeut parce que dans ce geste, il affiche ce dont il ne se cache pas dans d'autres contextes: il n'aime pas la musique. Grand-Charme, c'est un garçon de show, un théâtral, une vedette sensible.

Volonté de fer requise pour une mère comme moi d'essuyer discrètement ses larmes d'émotion.

***

Puis, hier soir, on monte encore de quelques crans: spectacle du groupe de comédie musicale de l'école de Grand-Homme sur le Big Bazar de Fuguain.

Wow.

Coup de barre de fer dans le coeur. J'étais, encore une fois, bouleversée de voir l'assurance, l'aisance et la passion des jeunes pour leur art. Ils étaient magnifiques, talentueux, fluides. Et ils avaient l'air heureux.

J'étais fascinée de voir le travail, la discipline autant pour les comédiens/chanteurs que pour les musiciens de l'harmonie encadrés par un professeur-pieuvre. Re-wow.

Tant de potentiel dans ces beaux ados. Encore une fois, j'aurais pleuré de la fierté de voir les "petits" devenir grands, j'aurais pleuré d'être humaine et de faire partie de cette même espèce pleine de promesses.

J'aurais aimé que Grand-Charme nous accompagne. Il aurait adoré!

Dans ces situations d'accomplissement, je me dis toujours: "C'est décidé, je vais en faire deux ou trois autres." Pour avoir un encore plus large éventail de fierté, pour voir encore plus de potentiel humain -issu de moi!- être exploité, pour pouvoir m'émouvoir encore plus devant l'énergie, la fougue, la passion, le talent, la volonté, le travail.

Puis, je rentre chez moi émue, amoureuse de tout ce qui m'entoure, conciliante.

Puis, je vois la tonne de vaisselle sale qui traîne sur le comptoir, les jouets qui traînent sur le plancher, la tonne de lavage qui attend, la salle de bain qui hurle pitoyablement sans que personne ne l'entende: "Au secours, lavez-moi, je ne me sens pas bien dans ma peau, je ne respire plus"....et je me dis que je n'ai aucune allure d'avoir des aspirations familiales de si grande envergure, que les enfants, c'est magnifique, oui, mais qu'il faut savoir les assumer gaiement sans se sentir continuellement contraint par l'aspect domestique, logistique et prenant de leur éducation.

Et je soupire. S'émouvoir devant le spectacle final, l'accomplissement ultime, c'est une chose, mais au quotidien, ces petites bêtes de succès, il faut les encourager, assumer leurs incessantes demandes, leurs bouderies, leurs obstinations, leurs sales gueules quand ils sont contrariés, il faut les soutenir et les écouter, leur consacrer amour, énergie et temps. Et Ô, plus on a d'enfants, plus le temps imparti à chacun s'en trouve amoindri. Et à cette étape, c'est la culpabilité maternelle qui prend la relève. Ils exigent un si grand don de soi!

Il y a deux ans, parce que je voulais faire plaisir à tout le monde, nous avions une vie de fou: le lundi, il y avait le violon de Grand-Homme et le piano de Tout-Doux. Le mardi, mon piano. Le mercredi, ALLELUIA, RIEN! Le jeudi, le plongeon de Fils Aîné. Le vendredi, le théâtre de Grand-Charme. Le samedi, jour de repos. Le dimanche, cours de valse viennoise pour Grand-Homme et moi.

À ce rythme, les jeunes ne risquent-ils pas de s'épanouir au prix de parents vieillissant prématurément? Il nous faut souffler un peu!

Et, en toute honnêteté, je ne pourrais m'enorgueillir uniquement des accomplissements de mes enfants. J'ai besoin d'une zone réservée, une bulle intacte, un espace de réalisation autre que maternel.

Cet espace, pour moi, c'est le travail.

Et vous?

13 commentaires:

anne-isabelle a dit...

Mon travail est à la maison. Je suis la "maman" adoptive de 4 p'tit loups plus la "vrai" maman des 3 miens. Alors ce n'est pas dans mon travail que je me sens femme!

Je dirais que c'est avec mes amies, lors de nos conversations. Que c'est quand j'écoute une amie me raconter ses petites misaires et ses grandes joies!

Gooba a dit...

J'ai beau avoir la responsabilité d'autres enfants que les miens, dans mon boulot, c'est quand même l'endroit où j'ai l'impression de vraiment me réaliser autrement que maternellement. Je crois que toutes les qualités que je possède sont mises à contribution quand j'enseigne et que tous mes défauts... ben... les élèves les endurent patiemment! :-)

Dr Maman a dit...

Je me réalisais au labo, mais avec la venue de bébé, je n'y vais plus. Par contre, j'ai adopté la fabrique de savon et/ou crème et j'ai l'impression que c'est une façon pour moi de faire quelque chose de mes dix doigts. Ca m'occupe l'esprit et je rêve à des recettes ou des idées la nuit! :-) Le jardinage aussi me fait sentir autre chose que maman... et dans une ancienne vie, j'avais la musique.. j'ai fait partie des ensemble musicaux du secondaire que tu décris dans ton message.

Tangerine a dit...

De mon coté, vu que j'ai déjà dépassé cet étape des jeunes enfants(j'en ai élevé 4) je peux enfin m'éclater en peinture, lecture, jardinage. J'ai beaucoup à faire ici, grande maison, grand terrain, potager, je suis assez fière de pouvoir encore l'entretenir malgré mes 50 ans tout neuf!

Tangerine a dit...

J'ai oublié de te demander comment allais ton nez?

Anonyme a dit...

Quand mes enfants étaient tous petits, et que je faisais souvent des choses pour eux plutôt qu'avec eux, j'avais besoin de m'aérer. Maintenant que la bébé a 6 ans, moins, car mes activités AVEC eux, me comblent. Les tâches domestiques sont moins lourdes ne serait-ce que parce qu'ils doivent participer.

Maintenant, je m'accomplie dans mes activités avec eux mais aussi par des moments que j'appelle "Princess day". Ça, c'est un congé, souvent le vendredi, que choisis en fonction du fait que tout le reste de la famille n'est pas en congé. Pédicure, coiffeur, exfoliation, shopping, émission de bonne femme, sieste, me promener nue dans la maison. Très ressourçant.

Michèle

Le Voyou du Bayou a dit...

Moi j'aimerais savoir si tu sais jouer le Canon de Pachelbel au piano? Ou alors EVERYTHING I DO de Bryan Adams?

FD a dit...

Nécessaire bulle de survie, même si on a des "fulgurances émotionnelles" qui nous donnent encore des envies de bébé, reste le trivial de la gestion de l'intendance. Et la nécessité de survie dans notre bulle à nous. Le travail ici aussi. A temps plein. Testé le temps partiel mais j'étais esclave plus longtemps des tâches ménagères chez moi. Avec des revenus moindres. Donc, temps plein. Sans scrupules, ni remords, ni regrets. Pour sauver ma peau et mon équilibre, 4 ados d'un coup ça vous assomme un gaillard!

Ici, Maintenant a dit...

He he he. Je me reconnais là-dedans. Comme le soir quand je vais les regarder dormir et que je me dis "demain, je vais essayer de moins crier et chicaner" Pffff le lendemain, les belles promesses restent en tête mais ne se réalisent pas du tout...

Je ne travaille plus depuis presque 2 ans et pour l'instant, mon rôle de mère me convient.

Je passe beaucoup de temps à travailler dans les albums photos et dans les livres de recettes.

La plus grande va aux Scouts le vendredi soir et la 2e aura une activité à elle à compter de l'automne. On ne sait pas laquelle encore mais on va travailler fort pour que ce soit le vendredi soir aussi. Les 2 plus petites auront aussi une activité quand elles seront en première année du primaire.

Elles (Les 2 plus grandes)sont inscrites au camp de jour pour l'été. Elle n'iront que les jours ensoleillés. Les jours de pluie elles pourront rester à la maison (Tant qu'à aller s'emmerder au gymnase de l'école).

Dans la carte qu'elle m'a faite pour la fête des mères, ma fille de 6 ans a écrit : "Maman, j'aime quand tu fais du bricolage avec moi". Ça tombe bien, moi aussi :-)

Grande Dame a dit...

Anne-Isabelle, Gooba, j'aurais aimé être orthopédagogue ou encore éducatrice spécialisée. J'ai la certitude que j'aurais eu plus de patience avec des enfants dans le cadre de mon travail qu'avec les miens...

Dr Maman, travaillais-tu à l'université Laval par hasard? C'est vrai que tu ne dois pas manquer d'accomplissement avec ta fabrique maison! :-)

Tangerine, merci de t'informer de mon nez. Il a désenflé et je m'en sors. Maintenant, plus de lampes de poche à portée de Bébé! :-)

Michèle, j'ai toujours admiré cette faculté chez toi de savoir reconnaître ta royauté et d'agir en conséquences.

Voyou, il faudrait d'abord répondre à ma question. Ensuite, je te répondrai avec plaisir. Deal?

Ici, Maintenant, tu m'as bien fait sourire. Ainsi, je ne suis pas la seule qui se promets plus de patience pour le lendemain? :-)

Dr Maman a dit...

Grande-Dame: Oui, j'étais affiliée à l'Université Laval, mais je n'étais pas sur le campus, j'ai fait de la recherche basée à l'hôpital St-François d'Assise ainsi qu'à l'Hôtel-Dieu.

Grande Dame a dit...

Je me demandais si tu étais la collègue d'une cousine qui fait aussi de la recherche à l'université Laval je crois...

Dr Maman a dit...

Oups... serais-je démasquée??

:-))