samedi, juillet 28, 2007

Escapade abitibienne

Toute une organisation que de partir en camping sauvage avec cinq enfants: planification d'activités, bouffe, bagages, matériel de camping manquant à emprunter, logistique, paquetage de la voiture, mais surtout, pour la route...beaucoup de patience!!!

C'est que l'Abitibi, c'est loin. Et que les enfants ne pensent pas nécessairement réserver une place dans leurs bagages pour leur stock de patience.

Si ce n'était que des sempiternels: "Quand est-ce qu'on arrive?", "C'es-tu encore loin?", "Cinq heures, c'est long comment?", ça passerait toujours. Mais en voiture, mes garçons aiment bien s'assurer de la délimitation de leur espace personnel déjà très chargé, et gare au frère qui aura la mauvaise idée de mettre le gros orteil sur le territoire de l'autre.

S'ensuit alors une interminable suite de guéguerres et de pleurnichage, de "C'est lui qui a commencé" et de "Mamaaaan, il arrête paaaas!".

Habituellement, Tout-Doux se faisant manger allègrement la laine sur le dos par ses frères, c'est lui qu'on tente d'épargner pour les longues routes en l'asseyant sur la banquette du milieu. Mais les tentacules de la baverie de la fratrie sur le siège arrière étant longue, on n'échappe pas à tout, même assis sur la banquette du milieu. C'est si facile de lancer innocemment, de la banquette arrière, que "Philippe est amoureux d'Alexandrine" et voilà le Doux qui part au front pour rétablir les faits.

Voilà donc les grandes lignes de notre voyage dans cette contrée lointaine pourtant habitée (!) qu'est l'Abitibi.

***

Après quelques heures de voyage, nous nous arrêtons au bord d'un petit lac dans l'interminable parc de la Vérandrye. Une fois leur collation engloutie, Grand-Charme, Coco et Tout-Doux partent explorer les lieux.

Quelle n'est pas leur joie de trouver dans le lac...une sangsue! La sangsue représentant le mythe d'épouvante de mon adolescence, je ne peux que vouloir la voir de près. Grand-Charme n'est pas peu fier de me présenter sa nouvelle copine, qu'il a baptisée d'un nom que, je m'en confesse, j'ai déjà oublié. Il me montre avec un enthousiasme contagieux de quelle façon il la manipule et comment il la rattrape après lui avoir accordé une courte récréation dans le lac.

Je ne peux que vouloir expérimenter le truc du sel sur la sangsue -truc que mon père m'avait expliqué ado et qui eut pour effet de me mystifier face à ces étranges et repoussantes créatures. Je me dirige donc vers la voiture et dépaquete la boîte de bouffe à la recherche de mon pot de sel, dont je saupoudre la sangsue dans l'espoir avoué de la voir se tortiller et agoniser pour le simple fait d'être membre de l'espèce qui a malheureusement alimenté mon imaginaire adolescent.

Grand-Homme se moque de ma volonté à saler la sangsue de Grand-Charme: "Oh attends un peu là, tu t'apprêtes à saupoudrer cette sangsue de ton sel de Guérande qui coûte si cher et auquel tu tiens tellement?"

Ben quoi? Ce n'est pas tous les jours qu'on a sous la main notre créature mythique personnelle!

Après l'interminable trajet, nous arrivons enfin dans la civilisation du (petit) nord-ouest du Québec. Mon Homme est au comble du bonheur d'aboutir à Val d'Or sur la fameuse 3e avenue de la chanson de Desjardins (qu'il n'a pas manqué de fredonner chaque fois que nous passions par là).

Nous trouvons notre emplacement et montons notre campement rapidement avant que la pluie ne se mette à tomber. La mouffette -notre voisine- vient nous visiter pour la première fois cette nuit, annulant de ce fait toute chance de me voir sortir de cette tente pour aller faire pipi à la noirceur. Elle reviendra nous visiter chaque soir.

Dans ce pays au ventre en or, nous ne pouvons manquer de visiter le village minier de Bourlamaque (merci Papi-Mamie!). Les garçons ont adoré descendre dans la mine d'or et visiter le laboratoire. Fort intéressant et guides tout à fait sympathiques.

Pour moi, appréciation de l'observation du décalage entre la floraison des vivaces par rapport à mon chez-moi. En plein juillet, des myosotis en fleurs! Chez-nous, les myosotis fleurissent en mai-juin. Les pieds d'alouettes et la lysimaque, eux, n'avaient que deux ou trois semaines de retard par rapport à la région de Montréal.

Vient ensuite notre deuxième souper-fin de soirée-nuit sous la pluie. Moche, la pluie en camping, en soirée! Les enfants espéraient tant que nous fassions un feu!

Le lendemain, pic-nic à Amos. Dans un parc au bord de la rivière Harricana, un écriteau indiquant les règlements de la place me fait sourire. Est-ce coutume, en Abitibi (ou seulement à Amos) d'informer les visiteurs de ne pas relâcher leurs fluides et solides corporels en public dans le parc? Ça va de soi, non? Peut-être ont-ils eu des problèmes avec des gens prenant le parc pour une toilette...

Entre Val d'Or et Amos, deux champs jaune fluo bordant la route. Magnifiques. J'ignore toutefois de quelle culture il s'agit.



Ensuite, direction le Refuge Pageau, un refuge pour animaux sauvages blessés ou dans le besoin. On les soigne et les garde au refuge le temps que les animaux reprennent la forme, puis on les remet en liberté par la suite si leur état le permet.

La mère de ces deux oursons, par exemple, s'est faite tuer à la chasse. Le Soigneur a pris sous son aile les deux petits orphelins et les remettra plus tard en liberté avec l'aide d'agents de conservation de la faune.

Ces petits ratons enjoués avaient aussi perdu leur mère (comme c'est adorable un raton laveur quand ça n'éventre pas les sacs à ordures!)

Dans ce genre de visite, difficile de retenir les enfants, qui nous devancent de plusieurs dizaines de mètres. Sauf Coco, qui a le grand souci de s'assurer que son petit frère suit. Il le materne à qui mieux mieux, prend à coeur toutes ses demandes, lui prend la main tendrement, lui parle. Coco aimait énormément Thomas et depuis son départ, il a jeté son dévolu sur Bébé, qui ne manque assurément pas d'amour fraternel.



Un peu plus tard, visite de l'usine de pompage des eaux de l'esker. Très intéressant! J'aime bien ce genre de visite simple, mais instructive sur les ressources qui nous entourent et que l'on prend souvent pour acquis.

Troisième soir: encore de la pluie. C'est qu'on en a marre de la pluie! On aimerait bien faire un feu (les enfants nous le rappelent sans cesse). D'accord, on accepte, on fait un feu sous la bruine avant que ça ne se mette à tomber davantage.

Qu'est-ce qu'ils sont heureux, mes mousquetaires! Grand-Charme, Tout-Doux et Coco prennent réellement à coeur l'alimentation de leur feu, courent dans tous les sens chercher du bois, des brindilles et de l'écorce qu'ils regardent brûler. Ils font griller des saucisses et des guimauves. Le feu, c'est l'apogée du plaisir en camping!

Je n'ai jamais été attirée par les voyages confortables en roulotte (sauf depuis les aventures de Caro), mais avec cette pluie, j'en suis au point où j'envie royalement ceux qui peuvent s'installer dans un confort plus que minimal pour cuisiner leur repas sans être restreint sous une toile de huit par douze dont la moitié de l'espace est occupé par une demi-table et quelques enfants qui n'ont plus envie de jouer sous la pluie.

On ne s'énerve pas, tout de même, il ne nous reste que deux soirs, aussi bien en profiter (!).

Dernière journée: direction parc national d'Aiguebelle. Marcher sur des sentiers, j'adore!! On s'enfonce donc dans la forêt abitibienne. Arrêt pour un pic-nic, trouver un endroit pour recharger le cellulaire, puis hop la marche. Les garçons ont un pas rapide et tout le monde est de bonne humeur.

Fils Aîné, s'occupe de Bébé, l'aide à enjamber roches et racines d'arbres. Puis, il décide de prendre les devants sur les sentiers. J'aime beaucoup les parc nationaux pour les sentiers, les paysages exceptionnels, le goût de liberté de la nature.



Après près de quatre kilomètres de marche, ces petits garçons ont faim. Collation, puis retour dans la civilisation. Nous sommes attendus pour souper chez "les amis de Val d'Or" et leur famille, que je n'ai pas vue depuis treize ans. S'armer de patience pour enfin les rejoindre car les ondes du cellulaire ne se rendent pas du fin fond des bois.



En voiture, les enfants se chamaillent, s'insultent, se provoquent, crient, rapportent, pleurnichent. Ils sont insupportables. Cent fois, je me retourne, fais les gros yeux, pousse des soupirs, lance des avertissements. Cent fois, j'ai envie d'en laisser un sur le bord de la route, mais je n'arrive pas à me brancher sur lequel (le problème de l'embarras du choix).

Nous nous arrêtons sur le bord de la route. Je fais sortir Grand-Charme de la voiture et change de place avec lui. Le calme revient enfin.

Nous trouvons enfin la maison des amis, mais aucune trace d'eux. Bon. Nous trouver un plan 2.

Hors de question que je prépare un repas ce soir. Je suis épuisée, je rêve d'une vraie chaise pour m'asseoir, de manger sans me faire interrompre, de décompresser. Nous arrêtons chez St-Hubert chercher du poulet et des frites pour tout le monde...sauf pour les trois plus vieux, qui ne le méritent absolument pas et qui sont condamnés à se préparer EUX-MÊMES des tartines pour souper.

C'est le drame, l'injustice totale. Grand-Homme, Coco, Bébé et moi savourons notre repas devant eux. Fils Aîné (qui a une attitude fort désagréable depuis le début du voyage) et Grand-Charme en sont profondément insultés, Tout-Doux, quant à lui, est aux anges en mangeant sa tartine car comme il fait soleil, il pourra faire un autre feu ce soir.

Grand-Charme prend son air théâtral pour réclamer le droit de s'EXPRIMER et fait de grands gestes dramatiques pour nous expliquer que ce voyage est une catastrophe, que rien ne va comme il le voudrait, que tout le monde est cruel envers lui, et ainsi de suite.

En fin de soirée, il vient me retrouver à la douche pour s'excuser de son attitude moche depuis le début du voyage. J'apprécie son humilité.

Dernière soirée. Les enfants sont calmes et coopératifs. Tout-Doux est fasciné par son feu. Avant d'aller au lit, il nous remercie de l'avoir laissé faire un feu, m'embrasse, embrasse Bébé et revient pour se jeter dans les bras de Grand-Homme, auquel il ne démontre jamais d'affection. J'en suis grandement touchée car l'affection et la spontanéité de cet enfant sont extrêmement difficiles à obtenir.

Le lendemain, démontage de la tente en vitesse. Coopération difficile de Fils Aîné. Grand-Homme (clément) déclare que c'est sans doute parce qu'il n'a pas déjeuné. Exaspéré, il compare Fils Aîné à un lion affamé dans une cage auquel il faudrait lancer une tranche de steak de temps en temps pour calmer la furie. J'aime bien l'image.

Pour les sept heures de routes du retour, vous demandez? Des ANGES! Un trajet agréable, des enfants calmes, respectueux entre eux, coopératifs, reconnaissants. J'ai l'impression que la privation du repas du soir fût nettement plus persuasive que mes demandes récurrentes de cesser de se chamailler. Comme quoi parfois, la ligne dure...



Je suis heureuse d'avoir vu l'Abitibi. Somme toute, les garçons sont reconnaissants chaque fois que l'on fait une activité. En rentrant dans la voiture, l'un d'eux remercie pour la sortie, puis tous les autres suivent en choeur. J'apprécie la gratitude. Nous ne sommes pas obligés de leur offrir ça, alors je m'attends à ce qu'ils démontrent un minimum de reconnaissance pour ce qu'ils reçoivent.

L'an prochain, nous irons probablement au lac St-Jean.

PS. C'est dans ma tête, où les Abitibiens disent une "chéseuse" pour désigner une sécheuse?

13 commentaires:

Dr Maman a dit...

Oh wow... tu as toute mon admiration de partir avec ton équipe de testostérone comme ça! Et puis, le truc du sel sur la sangsue??? Ca marche??? Pour ton champ jaune, je ne sais pas au Québec, mais en Angleterre, c'était des champs de Colza, magnifique à voir! Bravo pour ton initiative de privation de souper... ça prend du "gots" (mais j'imagine qu'ils te poussent à bout pour en arriver là). Faudra retenir le truc.. ;-)

lilas a dit...

Quels beaux garçons vous avez Grande Dame!

nathalie a dit...

Les champs jaunes au Québec, c'est du soya.

Et félicitation pour avoir tenu ton bout pour le souper !!!

Hortensia a dit...

Je confirme ce que dit Dr maman, les magnifiques champs jaunes qu'on voit de plus en plus au Québec sont des cultures de colza (ou canola).

J'ai eu un frisson en lisant le mot sangsue. Je déteste ça depuis toujours. En fait, depuis que mon père m'a dit, quand j'avais 5-6 ans, que ça pouvait entrer dans le nombril (c'était arrivé à ma cousine, qui avait dû se rendre à l'hôpital). Brrrr!
Je serais bien prête à fournir le sel!

Quant à l'usage du mot "chesseuse" pour désigner une sécheuse, je ne crois pas que ce soit typique de l'Abitibi, mais plutôt qu'on entend ça un peu partout au Québec de personnes qui prononcent mal le mot.

souimi a dit...

Quel beau récit! Tu sais, à te lire, j'aimerais bien avoir tes enfants dans ma classe un jour. Parce qu'à voir la façon avec laquelle ils sont éduqués, ils doivent être drôlement positifs dans un groupe.
Ils sont magnifiques!
Oui, Grande Dame, tu portes très bien ton nom et pour toutes sortes de raison.

Nathalie a dit...

Je confirme les champs jaunes c'est du canola (colza). C'est magnifique en effet. Le parc d'Aiguebelle vaut vraiment le détour, j'ai l'impression qu'on n'a pas connu la vraie nature tant qu'on n'a pas fait le voyage du parc de la Vérendrie.

Pour chéseuse c'est un archaïsme encore employé par plusieurs... Pas juste en Abitibi. Ma mère une vraie madame du Plateau (de l'époque de Tremblay et non du Pléteau d'aujourd'hui) dit encore chéseuse... Ils disent aussi un sink pour un lavabo, mais le plus cute c'est quand mon amoureux parti depuis plus de 13 ans me sort un beau le-bâs bien senti... adorable les saveurs régionales.

Anonyme a dit...

Ils sont adorables mes petits fils et tous beaux. Coco avec le regard toujours si plein d'amour donnant la main au bébé et le bébé dormant sur lui. Les photos sont belles et je souris en lisant tes commentaires dans la voiture, ça me rappelle des souvenirs!

Quelle richessse nos petits enfants et ma fille, une belle perle.

Sally Fée a dit...

Bel éloge pour l'Abitibi. Quant au parc Lavérendry, peut-être pour l'avoir traversé maintes et maintes fois, je ne le trouve plus long. Peut-être à cause de ses lacs magnifiques, sa route sinueuse et ses plages de sables? Dommage que la pluie vous ait accompagné, mais consolez-vous, ce fut le lot de tous les québécois!
Merci de vos bons mots pour ma région natale,
Une amossoise déracinée depuis 20 ans

Fragments de lucidité a dit...

Grande Dame... vos garçons sont complètement adorables!!! Ils ont des yeux et un sourire à faire craquer! Vraiment, ils sont mignons comme tout!

Ces voyages et ces moments passés en famille construisent des souvenirs inoubliables...qui, même à l'âge adulte, réussissent à nous faire revenir plusieurs années en arrière! C'est une belle image que de vous imaginez toute la petite famille autour de cette sangsue avec la salière sous la main...

Comme toujours, vos récits sont délicieux!

Grande Dame a dit...

Dr maman, eh non, elle ne s'est pas tortillée comme je l'anticipais. Il me faudrait d'autres cobayes...

Lilas, fragments, merci. Moi aussi, avec un peu moins d'objectivité, je les trouve beaux.

Merci chères agronomes en herbe pour l'identification du colza.

Hortensia, une sangsue par le nombril? Ce n'est pas une légende rurale? Brrr!

Souimi, il serait flatteur pour moi que mes enfants soient comme vous le proposez, positifs dans un groupe.

Sally Fée, bienvenue, Amossoise!

Moi et ma couvée a dit...

J'en veux un! ... Un garçon. Les tiens sont tellement beaux.
Beau récit! Très touchant... et bon truc pour mater les tannants (passe du st-hub!)

Cyndie a dit...

J'ai adoré ce texte particulièrement! Très beau récit de voyage, belles photos également :) Comme vos enfants sont mignons!
Je suis moi-même Jeannoise, alors je vous recommande fortement de venir faire un tour au Lac St-Jean! Je suis certaine que vous adorerez notre petit coin de pays, qui, semble-t-il, est très accueillant et chaleureux!

Méli a dit...

Le canola est une invention des laboratoires des fermes expérimentales d'agriculture Canada, qui ont fait des hybridations du colza pour en retirer un acide qui rendait l'huile impropre à la consommation humaine (avant on s'en servait uniquement dans les moteurs), le nouvel hybride a donc été baptisé canola pour Canada et colza et est maintenant une huile très bonne pour la santé.