lundi, avril 30, 2007

Cognition et futilités

N'est-ce pas que l'on a l'air cultivé dans une discussion lorsqu'on peut aisément citer un philosophe pour expliquer un phénomène de la vie, faire un rapprochement entre les propos discutés et les théories d'un essayiste, détailler le contenu, la date et les incidences de la signature de tel traité, expliquer le fonctionnement complexe de telle machine ou de cet étonnant phénomène météorologique?

Ça ne risque pas de m'arriver. Because le drôle de fonctionnement de ma mémoire à long terme fort sélective.

Je me souviens de façon précise des hommes, des femmes qui m'ont enseignée, de l'intonation de leur voix, pour certains, de leur odeurs (!), des élèves qui étaient assis près de moi en classe, de leurs odeurs (!!), des vêtements que certains portaient, des répliques exactes de discussions que nous avons eues, de tout incident émotif survenu au cours de ma vie.

Je me rappelle d'un tas de numéros inutiles où je ne téléphone qu'une fois l'an, je possède une excellente mémoire des visages, de tel repas partagé avec telles personnes, de ce que nous avons mangé, de ce qu'elles portaient précisément, de leur allure, de leur expression. Peu d'éléments des contextes m'échappent. Bref, je me rappelle de ce qui ne sert à rien ni n'épate personne.

À l'inverse, je n'ai aucune mémoire pour les dates et événements historiques ou pour retenir des statistiques (méfiez-vous de moi, 60% du temps, les statistiques que je livre sont erronées). Pour stimuler ma mémoire et éveiller minimalement la fibre de mon histoire nationale, il faut mettre des sentiments et des émotions autour des dates historiques.

Voyez, avec Le roman de Julie Papineau, par exemple, j'ai intégré à 70% mieux ma leçon d'histoire grâce aux états émotifs qui ont entouré les faits.

Je me suis replongée dans ma documentation sur la psychologie pour comprendre mes particularités cognitives.

Je sais donc maintenant que je possède une fabuleuse mémoire épisodique. Pourquoi je me souviens dix fois mieux d'une information si elle est accompagnée d'une émotion? Parce que les traces mnésiques qui me permettent d'intégrer et de me souvenir d'une information se trouvent enrichies par les références à des émotions précises.

À l'inverse de moi, Grand-Homme, possède une épatante mémoire sémantique. Il est un genre d'encyclopédie sur deux pattes auquel on peut se référer à n'importe quel moment pour débrouiller un concept, retracer une référence historique ou une date.

Voici une illustration pragmatique de mes propos susmentionnés:

Moi, préparant la salade -Je me suis toujours demandé pourquoi on appelait la laitue romaine laitue "romaine".

Grand-Homme, me bullshitant avec un malin plaisir -C'est parce qu'elle est frisée et que Jules César avait les cheveux frisés.

Moi, sérieuse et incrédule -La laitue romaine n'est pas la laitue frisée. Et puis, Jules César n'avait pas les cheveux frisés. Il était plutôt chauve et complexé de sa calvitie. C'est pour ça qu'il portait toujours une couronne de laurier...pour la camoufler.

Grand-Homme, incrédule à son tour -Il n'était ni chauve ni complexé.

Évidemment, nous aurions pu nous obstiner longtemps. Chacun sur notre ordinateur, nous débutâmes donc une recherche pour trouver l'information qui allait appuyer nos propos ou infirmer ceux de l'autre.

Grand-Homme admit humblement que j'avais raison. Ç'aurait dû aller de soi: si l'info recherchée est inutile, je la possède. Non mais, honnêtement, on s'en fout des complexes de Jules César puisque de toute façon, ils ne changent rien au cours de l'histoire!

Un peu plus tard en soirée, nous nous installâmes chacun devant notre ordi pour notre compétition conjugale de mots croisés en ligne.

Grand-Homme termina avant moi, s'approcha pour zieuter où j'en étais dans ma grille. Définition recherchée: homme politique canadien ayant défendu des métis.

Spontanément, je tapai: "R-I-E-L".

Grand-Homme, en enseignant d'histoire fier de son amoureuse -Bravo, tu connais bien ton histoire du Canada!

Grande-Dame -Pas du tout. Je me suis simplement souvenu qu'il y avait une école Louis-Riel sur le boulevard Rosemont.

Grand-Homme, déçu -Ah. (s'ensuivent ici quelques explications -utiles pour mon répertoire de connaissances en histoire-, donc que j'ai nécessairement oubliées)-Il a été pendu.

Grande-Dame -Ah bon?

Grand-Homme, baveux -Oui, oui. Mais au fait, dis-moi, je me suis toujours demandé ce que portait Louis Riel le jour de sa pendaison?

9 commentaires:

Nathalie a dit...

Bienvenue dans le club ! Je suis absolument épatante pour me souvenir de trucs i-n-u-t-i-l-e-s, tel que mentionné dans le post. Mon mari est toujours surpris du volume d'info superficielles que je peux retenir sans aucun effort. Lui, par contre n'a aucune mémoire... Ex : je peux porter un nouveau chemisier jusqu'à 4 ou 5 fois avant qu'il arrête de me dire «Tiens, c'est nouveau ?» Remarquez, ça a ces bons côtés (quand c'est laid, je ne le remets plus et il ne s'en rapelle pas !!).

Grand Homme a dit...

Je dois quand même avouer que les trucs inutiles agrémentent les connaissances. Lorsque j'enseigne l'histoire, c'est intéressant de livrer quelques anecdotes inutiles aux élèves et, de façon surprenante, plusieurs élèves se rappellent mieux.

Parler de la construction du chemin de fer transcontinental suite à la constitution de l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique en 1867, c'est une chose. Mais mes élèves redemandent toujours l'histoire qui agrémente cette étape du développement du Canada. Ils aiment bien l'hypothétique histoire de la création du pâté chinois, mais encore plus les macabres histoires de ces chinois engagés pour creuser la pierre des Rocheuses canadiennes et qui périssent suite à quelques accidents de nitroglycérine trop explosive...

C'est totalement inutile pour l'examen de juin, mais tous se rappellent que le Canada a offert de relier la Colombie-Britannique au reste du pays grâce à un chemin de fer. Et ils inscrivent leur réponse à l'examen en pensant à un quelconque chinois qui a "explosé" pour la cause !

Gooba a dit...

Les couples se suivent et se ressemblent. J'ai aussi une encyclopédie sur deux pattes comme chum... Je m'y fais... :-)

Grand-Homme, c'est un principe bien vrai dans l'éducation. J'essaie souvent d'accrocher un petit quelque chose en extra, quelle que soit la matière. Pas toujours facile, mais ça rapporte tellement...

Cricri a dit...

Ca nous ressemble aussi ! Mon chum a toujours les dates de tout en tête...politique, géo, histoire, etc.....Moi c'est la mémoire visuel et olfactive...alors les dates pfffff...

Dr Maman a dit...

Ouin... va falloir que je fasse aller ma mémoire à moi si jamais on se rencontre plus d'une fois.. pour être sûre que je ne remette pas la même chose et que tu pense que je n'ai qu'un "kit propre". :-))) Mais j'ai la mémoire des dates de fêtes.... mais pas de la fin des films! Et mes grossesses m'ont soulagées du peu de mémoire que j'avais ;-)

Une femme libre a dit...

Quand j'enseignais à L'âge d'or juif, j'avais un vieux monsieur de 90 ans qui avait une mémoire vraiment, mais vraiment extraordinaire. Il se rappelait de tout, si je voulais savoir à quelle date j'avais enseigné telle notion et qui était présent au cours ce jour-là, je lui demandais à lui et il ne se trompait jamais. J'ai fini par lui demander son secret. Il apprenait une page de la bible tous les jours, par coeur. Ça pouvait lui prendre une heure, mais il se prêtait à cet exercice avec constance. Il avait sa tanakt (bible hébraîque) avec lui et il m'ouvrit le livre à la page 90 et se mit à réciter la page sans aucune faille. Depuis cette rencontre marquante avec cet homme charmant et cultivé, j'apprends des poèmes par coeur et pas seulement en français, en anglais et en espagnol aussi!

La Patachou a dit...

Moi j'appel ça la mémoire inutile. Par contre, je dois admettre que je dois avoir le côté masculin développé à voir vos commentaires (de toute manière mon chum me le dit souvent) j'ai la mémoires des dates et des événements, c'est mon côté historienne, mon bacc m'aura toujours donné ça :)

Julie a dit...

Coudonc...c'est pareil aussi chez nous!
Moi je suis très visuelle donc j'ai énormément de difficulté avec les dates et les noms. J'adooore l'histoire mais je ne retien jamais rien. Mon chum lui il retient tout ça et parfois ça me fait *&?$* lol. Non mais il a toujours une statistique à sortir même quand on parle de quelque chose juste pour s'amuser et qu'on ne chercher pas nécessairement à être précis!
Est-ce que ce serait une nouvelle différence entre les hommes et les femmes?

Julie a dit...

et pour la mémoire, parraîtrait que c'est vraiment bon de faire des exercices mentaux pour la garder longtemps. J'ai connu un dame qui avait un "magasin général" et qui faisait encore toute sa comptabilité à 85 ans. Elle disait que ça l'aidait à garder une bonne mémoire!