lundi, janvier 01, 2007

Une année, un chapitre?

J'ignore jusqu'à quel point déboucher une nouvelle année signifie "passer à autre chose".

On désigne souvent la nouvelle année pour délimiter certains changements que l'on souhaite voir s'amorcer ou se terminer. Comme si une nouvelle année était un point de départ ou d'arrivée idéal, comme si elle traçait une ligne définitive sur des segments de notre vie que l'on souhaitait
voir se clore comme des chapitres pour s'ouvrir sur quelque chose de nouveau.

L'année 2006 est la pire année de ma vie. D'abord parce que la pire de mes hantises -perdre un de mes enfants s'est concrétisée. Et que j'ai désormais à continuer d'avancer avec ce fardeau, et que, comme si je n'étais pas déjà une fille suffisamment compliquée, je dois à présent vivre en permanence avec le chaos des émotions, états, constats, incessantes réflexions qui viennent se superposer aux insupportables et perpétuelles analyses existentielles intrinsèques à la personne que je suis.

Pire année de ma vie parce que j'ai craint de perdre aussi mon père, qui a dû subir une chirurgie très complexe suite à la récidive de son cancer. Et que ce long épisode fut angoissant et douloureux.

L'année 2006 s'est en allée en douce hier soir au son des guitares de mon oncle et de son gendre accompagnés du violon de mon homme, des parties de Cribble, du buffet familial, des rires et des toujours agréables retrouvailles entre cousins-cousines.

L'année 2006, j'aurais dû la voir s'éloigner avec joie, et pourtant, non, ce ne fut pas le cas.

Changer d'année ne signifie-t-il pas tourner, d'une certaine façon, une page? Passer à autre chose? Poursuivre l'écriture de sa vie sur du neuf?

Vous voyez, je ne suis pas sûre du tout qu'un simple changement de date soit suffisant pour me déconnecter de 2006, qui porte trop intensément mon drame maternel. Je ne suis pas sûre du tout d'être capable de dire "l'an dernier, mon Thomas nous a quittés" alors que jusqu'à hier, je pouvais encore dire que j'avais perdu cette année même mon fils. Comme si le sceau de la date légitimait l'intensité de la douleur.

Je ne suis pas sûre du tout d'être capable de me lever sereinement le matin du 4 mars en me disant: "Ouf, et dire que l'an dernier, à pareille date, insouciante, je faisais cuire du pain doré avant d'aller à la rencontre du corps vide de mon petit garçon! Dieu merci, 2006 est derrière!".

Ainsi, si toute mon exquise famille a accueilli 2007 dans la joie et les embrassades, pour ma part, ce sont les larmes que j'ai accueillies douloureusement au creux de l'épaule de mon homme. Je fermais l'année 2006 sans Thomas. Dur constat. Tout comme celui que je devrai péniblement faire lorsque j'inscrirai sur mon formulaire d'impôts que j'ai dorénavant seulement cinq enfants à charge.

Accueillir une nouvelle année, n'est-ce pas un peu fermer la porte sur le passé et regarder vers l'avant? Si c'était si simple!

2006 est une année significative dans ma vie. Et souhaiter garder un lien avec elle en dépit de son infâmie ne signifie pas vouloir stagner dans la douleur, mais bien demeurer connectée avec certains évènements marquants qui continuent de façonner ma personne, de donner une orientation à ma vie.

J'ai des projets pour 2007. Des projets stimulants en semi-latence amorcés en 2006, mais pas encore assez nourris de mon temps.

Le livre de ma vie ne peut définitivement pas diviser ses chapitres en années.

Je préfère la diviser en épisodes, même si l'unité de mesure n'est pas universelle: "l'époque où nous étions à Rimouski", "mon enfance sur la rue Fatima", "mon adolescence sur la rue Simons", "les trois années que j'ai partagées avec papa", "le cégep", "ma premère grossesse", "durant mes études", "après l'achat de la maison", "avant l'éclatement de mon couple", "lorsque je travaillais à tel endroit", "depuis que je vis avec mon amoureux", "depuis que Thomas est mort", etc.

Ce sont des références tellement plus précises pour moi! Tellement plus porteuses de sens qu'une simple date qui fait fi des états émotifs liés aux périodes de ma vie...

10 commentaires:

Anonyme a dit...

Grande Dame, j'attendais avec inpatience ton écrit. C'est toujours aussi touchant de te lire. Merci de nous partager ta vie.

J'ai beaucoup pensé à Toi hier soir. Alors que je n'avais pas mes enfants avec moi et que j'en avais la larme à l'oeil, je me disais ce ne devait certainement pas être facile pour toi ce passage...

Tu as une mgnifique façon de compter le temps!

Amicalement Anne-Isabelle

FD a dit...

Quel bel optimisme qui permet d'avancer sans (trop ?) trébucher... Je te souhaite une année 2007 sans heurts pour adoucir le souvenir de 2006.

Nathalie a dit...

Gros câlins. J'ai trouvé le changement d'année l'an dernier très difficile aussi, comme si cela enlevait une partie de mon droit de pleurer, après tout une année avait passer... Mais au fond une date ce n'est qu'une date, ça prendra le temps que ça prendra. Et je comprends parfaitement le avant et le après, pour moi il y a Nathalie avant la mort d'Angélique et Nathalie après.

Tu es beaucoup dans mes pensées. Je te fais la bise.

Anonyme a dit...

J'imagine que certaines journées tu penses à ta vie en voyant 'avant le départ de Thomas' et 'après le départ de Thomas'. Comme si ta vie était sciée en deux et c'est tout à fait normal. Laisses toi le temps...mais comme je te comprends d'avoir maintenant la plus grande peur de toutes les mères soit celle de perdre un enfant.

Claudine a dit...

C'est fou comment certaines personnes nous touchent sans même qu'on les connaisse. J'avais très hâte de te lire. J'ai pensé à toi hier soir, sachant que ca ne serait surement pas facile. Je te souhaite du courage pour 2007.

Claudine

Grande Dame a dit...

Je suis touchée d'avoir bénéficié de bonnes pensées voyageuses le soir du réveillon. Merci à vous toutes! ;-)

Anonyme a dit...

Grande-Dame, je souhaite longue vie à ton blog qui nous touche et nous fait s'attacher à toi et aux tiens. Bonne Année 2007 et si jamais vous venez faire un tour à Québec, notre porte sera toujours très grande ouverte pour vous tous.

Grande Dame a dit...

Dr. Maman, c'est une invitation en règles? ;-)

Anonyme a dit...

Grande Dame: Je n'ai pas l'habitude de lancer des paroles que je ne pense pas.. ;-p

Anonyme a dit...

je pense que je compte le temps un peu comme toi, avec des repères personnels. Cela me parle plus qu'une date.
Bonne année quand même ;-) Je vous la souhaite moins dure que 2006...