mercredi, décembre 10, 2008

Aurore et le pain doré

Il y a un an, la femme de mon père regardait Aurore l'enfant martyr qui jouait à la télé. À la pause, elle alla voir mon père qui tentait de dormir dans la chambre malgré l'insoutenable douleur.

Elle revint ensuite se poster devant sa télé. À la pause suivante, elle prépara la morphine de mon père et se rendit à la chambre pour lui injecter son cocktail de médicaments. Elle n'eut pas le temps de le lui injecter; il était déjà mort.

Mon père est mort entre deux pauses publicitaires durant Aurore l'enfant martyr.

Le matin de la mort de mon fils, après lui avoir caressé le dos et les pieds sans savoir qu'il était décédé, j'allai préparer du pain doré pour ma gang. Lorsque tout le monde fut servi, je retournai dans sa chambre (tenter de) réveiller mon beau Thomas de vingt-trois mois.

Comme il ne réagissait pas, je l'ai retourné pour découvrir son corps raide et son visage cyanosé. Et j'ai hurlé. Et j'ai pleuré. Et j'ai hurlé. Et j'ai figé. Je suis devenue glaciale à l'extérieur mais décapitée, démollie, déshumanisée, désâmée, dématernisée à l'intérieur. J'ai figé et j'ai géré le chaos comme je pouvais.

Je pensai au pain doré qui cuisait. J'ai sommé mon Grand-Charme en état de choc d'aller éteindre le rond du poêle.

Après le chaos de l'ambulance, de l'hôpital, des au revoirs et de l'enquête policière, nous sommes rentrés dans notre maison vide.

Dans notre insipide cuisine, une poêle. Dans la poêle, une tranche de pain doré calcinée d'un côté et intacte de l'autre.

Le pain doré est à moi ce qu'Aurore est probablement à la femme de mon père.

On n'oublie pas ces choses-là.

18 commentaires:

Anne-Lise Nadeau a dit...

Je te fais un gros câlin, Grande Dame. Ce billet fait passer les frissons...

Anonyme a dit...

Si triste... Il n'y a pas de mots pour imaginer cette terreur incroyable, l'angoisse de tout parent...
Mon coeur pleure et je ne peux que vous offrir mes pensées affectueuses.

France

Cricri a dit...

C'est vrai que les moindres détails entourant la mort de quelqu'un nous restent en tête bien des années...parfois ils ne nous quittent jamais. Mais c'est tout de même heureux, c'est ce qui permet aussi de se rappeler les moments doux et les souvenirs heureux! J'ai encore en tête la journée de la mort de ma mère, "entre deux commandes de clients à mon travail", mais même après des années, j'ai de beaux souvenirs d'elle qui me viennent, et ça c'est réconfortant !


xx calins pour toi

Anonyme a dit...

Decembre est un mois de fete pour certains, pour d'autres c'est plutot l'inverse, je suis de ces derniers aussi .. un mois de mauvais souvenirs, d'annee en annee c'est le moment de l'annee que mes proches on choisi pour disparaitre ...
Ton pain dore fut pour moi un saut en chute libre de 12000 metres, puis un apres midi pluvieux l'annee d'apres suivit de 24 h dans un avion... ca ne me quiterra jamais mais j'essaie d'en garder le souvenir d'un sourire qui flotte,qui m'accompagne au dela des nuages ... les deux fois.
Gros bisous, pleins de bonnes choses pour votre escapades sous le soleil.
Vio

Les Chroniques de la Couvée a dit...

Grosse colle.
C'est un billet touchant.

Aline a dit...

J'ai les larmes aux yeux à te lire ce matin...

Gros câlin!

Solange a dit...

Ton récit donne des frissons, des moments qui marquent pour la vie.

Anonyme a dit...

tu portes bien ton surnom

GRANDE DAME..........

La Mère Michèle a dit...

:'''(

Sarajélu a dit...

J'ai tellement pleuré en lisant ton billet...ouf...j'ai encore du mal. Je ne peux expliquer ce qui fait qu'en tant que parent on s'en sort puisque je n'ai jamais rien vécu de tel...il me semble que je voudrait mourir aussi. Tu m'inspire pour ta force...tu es une femme sensationnelle. Comme le dit un autre lecteur...tu portes bien ton nom...Grande Dame.
Je te fais un gros câlin virtuel...

Anonyme a dit...

mes pensées vont vers vous Grande Dame
que dire de plus..
xxx
MIKA

La Souimi a dit...

J'ai lu ton Grand Billet.

xoxoxox

Mynaï a dit...

Quel billet... Je suis touchée, émue.

Un énorme câlin.

mareeanne a dit...

calins.

on n'oublie jamais. jamais tu oubliera...


mais telle une vraie grande dame tu seras de plus en plus forte.

calins encore.

Kay ;-) a dit...

Un sentiment incompris pour moi que la mort d'un enfant, mais tellement facile a imaginer....
Ta force et ton écriture nous inspire tous.
Passe un doux temps des Fêtes avec ta famille...
Bien collés a vous aimer

Christiane a dit...

Grande Dame,

quel traumatisme...à chaque fois que tu en parles, je le revis intensément avec toi, comme si c'était hier et je ne trouve pas encore les mots...

Il y a une place toute spéciale pour toi et Thomas dans mon coeur, pour toujours...

Bizous xxx

Parfum a dit...

Il n'y a qu'une Grande Dame pleine de Courage pour écrire un grand billet comme ca...bisous

Anonyme a dit...

Les frissons puis les larmes... et une pensée toute tendre pour une Grande Dame telle que toi.

Je t'aime beaucoup.

Matty xxx