mercredi, mars 21, 2007

L'art de tirer profit d'un physique peu avantageux


Certains défis, comme l'art de s'accepter telle que l'on est, sont de tous les temps. Et certaines y arrivent mieux que d'autres. Voilà la conclusion que j'ai tirée en lisant la description physique que George Sand détaillait en toute humilité de sa propre personne.

"(...) J'étais fortement constituée, et, durant toute mon enfance, j'annonçais devoir être fort belle, promesse que je n'ai point tenue. Il y eut peut-être de ma faute, car l'âge où la beauté fleurit, je passais déjà les nuits à lire et à écrire. Étant fille de deux êtres d'une beauté parfaite, j'aurais dû ne pas dégénérer, et ma pauvre mère, qui estimait la beauté plus que tout, m'en faisait souvent de naïfs reproches. Pour moi, je ne pus jamais m'astreindre à soigner ma personne.

Se priver de travail pour avoir l'oeil frais, ne pas courir au soleil quand ce bon soleil de Dieu vous attire irrésistiblement, ne point marcher dans de bons gros sabots de peur de se déformer le cou-de-pied, porter des gants, c'est-à-dire renoncer à l'adresse et à la force de ses mains, se condamner à une éternelle gaucherie, à une éternelle débilité, ne jamais se fatiguer quand tout nous commande de ne point nous épargner, vivre enfin sous une cloche pour n'être ni hâlée, ni gercée, ni flétrie avant l'âge, voilà ce qu'il me fut toujours impossible d'observer. Ma grand-mère renchérissait encore sur les réprimandes de ma mère, et le chapitre des chapeaux et des gants fit le désespoir de mon enfance; mais, quoique je ne fusse pas volontairement rebelle, la contrainte ne put m'atteindre. Je n'eus qu'un instant de fraîcheur et jamais de beauté. Mes traits étaient cependant assez bien formés, mais je ne songeai jamais à leur donner la moindre expression. L'habitude contractée, presque dès le berceau, d'une rêverie dont il me serait impossible de me rendre compte à moi-même, me donna de bonne heure l'air bête. Je dis le mot tout net, parce que toute ma vie, dans l'enfance, au couvent, dans l'intimité de la famille, on me l'a dit de même, et qu'il faut bien que cela soit vrai.

Somme toute, avec des cheveux, des yeux, des dents et aucune difformité, je ne fus ni laide ni belle dans ma jeunesse, avantage que je considère comme sérieux à mon point de vue, car la laideur inspire des préventions dans un sens, la beauté dans un autre. On attend trop d'un extérieur brillant, on se méfie trop d'un extérieur qui repousse. Il vaut mieux avoir une bonne figure qui n'éblouit et n'effraye personne, et je m'en suis bien trouvée avec mes amis des deux sexes.

J'ai parlé de ma figure, afin de n'avoir plus du tout à en parler. Dans le récit de la vie d'une femme, ce chapitre, menaçant de se prolonger indéfiniment, pourrait effrayer le lecteur; je me suis conformée à l'usage, qui est de faire la description extérieure du personnage que l'on met en scène, et je l'ai fait dès le premier mot qui me concerne, afin de me débarrasser complètement de cette puérilité dans le tout le cours de mon récit; j'aurais peut-être pu ne pas m'en occuper du tout; j'ai consulté l'usage, et j'ai vu que des hommes très sérieux, en racontant leur vie, n'avaient pas cru devoir s'y soustraire. Il y aurait donc eu peut-être une apparence de prétention à ne pas payer cette petite dette à la curiosité souvent un peu niaise du lecteur."


Cette femme, dans toutes les tranches de vie qu'elle raconte dans l'Histoire de sa vie I, me fascine, me bouleverse et me confronte. Cette grande franchise livrée en toute humilité me touche. Ce n'est pas rien, s'admettre femme fort ordinaire sans laisser planer sur ses propos l'ombre de l'égo féminin (généralement plutôt puissant, non?).

Elle fut respectée de toute la gent intellectuelle de l'époque. Aurait-ce été le cas si elle avait été belle ou du moins, coquette? Aurait-elle eu cette force, cette audace pour l'époque?

9 commentaires:

Sarah-Émilie a dit...

Cette femme fut respectée car on croyait qu'elle était un homme. Son vrai nom est Amantine Aurore Lucile Dupin (vive Wikipédia, ça donne l'air culturée).

ELle se voulait l'égale des hommes et était une féministe avant l'heure.

Si elle avait pris soin de sa féminité et écrit sous son nom, il est probable qu'elle n'aurait jamais été publiée.

Triste non?

Une femme libre a dit...

Elle devait plaire aux hommes, car elle a eu plein d'amants, dont des hommes célèbres, comme Musset et Chopin. Musset ne la trouvait pas laide en tout cas,car il a écrit des odes à sa beauté et affirmé que c'est avec George qu'il a appris le sens du mot aimer.

Grande Dame a dit...

Émilie, même si elle écrivait sous pseudonyme masculin, elle rencontrait des gens dans des contextes intello, elle s'habillait en homme et on ne l'a pas moins estimée pour autant.

Sa notoriété n'était pas qu'un leurre, et là toute la superbe de cette femme!

Une femme libre a dit...

En fait, je soupçonne George Sand d'être comme toutes les femmes, peu importe l'époque, et de se juger sévèrement. Quelle femme, même belle aux yeux de tous, va se trouver sans défauts? Elle ne paraît pas très bien sur la photo que vous affichez, Grande Dame, mais sur d'autres, elle est plutôt charmante, avec de beaux cheveux dénoués, de grands yeux et un doux sourire.

Grand Homme a dit...

Moi, mon amour, je te trouve très belle.

(non, mais, pouvais-je me soustraire ici à un tel commentaire sans m'en mordre les doigts ? C'est si plaisant pour un homme de souligner la beauté de sa femme ! Désolé pour ceux qui me trouve impertinent !)

FD a dit...

Certaine que si elle avait brandi sa beauté comme un étendard, comme ses parents attendaient d'elle, elle n'aurait pas (forcément) eu le respect de ses pairs (au masculin) qu'elle a eu. Elle a développé une autre intelligence, la vraie. Cela dit, on peut être belle ET intelligente, il suffit de ne pas faire de sa "beauté" une intelligence.

Moi et ma couvée a dit...

C'est vraiment un beau texte que vous nous avez partager. Je connais peu Georges Sand.. mis à part que c'était une femme.
Mais vous me donnez envie d'en savoir plus sur elle.
Merci!

Nitram a dit...

Belinda Stronach, par exemple, à la réputation d'être une idiote sur la colline parlementaire. Oui, cette femme, belle et jeune, anciennement à la tête d'un empire manufacturier en pleine croissance est une idiote mes amis...

Un peu déprimant de constater que la beauté féminine renvoie à l'idiotie. Admirerait-on autant Chantal Hébert si elle était jolie?

Anonyme a dit...

Moi, je me demande comment certaines femmes font pour avoir l’air sorties du coiffeur et du maquilleur à chaque moment de la journée; comment elles font pour que leurs vêtements soient aussi parfaits, sans plis, chic, de bon goût, et bla bla bla. Je me demande souvent si c’est parce que j’en ressens pas l’intérêt (mais pourtant, je me compare à chaque instant désavantageusement à elles) ou si tout simplement c’est parce que je ne sais pas comment me coiffer, me maquiller, me peigner. Desfois, j'ai l'impression de sortir d'une autre planète...