lundi, mars 26, 2007

Avis: les idées exprimées par mes enfants ne réflètent pas toujours les idées parentales

Je suis satisfaite: Fils Aîné, ces dernières semaines, s'est intéressé à la campagne électorale. Il a posé des questions, écouté attentivement les explications, amorcé des réflexions, émis des commentaires.

Il a même tenté quelques blagues réchauffées sur la toison bouclée de Charest (attendant tristement des réactions qui ne venaient pas). N'empêche, l'intérêt était là. Il reconnaît maintenant les principales figures politiques et je trouve cette fibre de curiosité fabuleuse chez un jeune de douze ans qui cherche à comprendre son monde, à développer son jugement et ses opinions.

Grand-Homme, Fils Aîné et moi sommes ce soir rivés sur le site de Radio-Canada à suivre avec consternation le dépouillement en direct des bureaux de vote. On synthétise pour Fils Aîné quelques lignes directrices des différents partis.

Voilà-t-y pas Grand-Charme qui arrive, tentant de comprendre la consternation conjugale devant l'avance de l'ADQ.

Fils Aîné, généreux, dresse pour son frère l'essentiel portrait de la situation: "Il faut que le PQ gagne sinon les Libéraux vont nous rajouter une heure d'école!"

Grand-Charme nous mentionne qu'il est souverainiste mais nous avoue qu'il ne sait pas trop quel est le parti qui nous mènera à cette souveraineté, tente d'y voir clair, est perdu devant l'écran débordant d'informations, de tableaux, de chiffres, de symboles: "Oh-oh, attends là! Qui est-ce qui représente le PQ?"

Réponse sans équivoque de Fils Aîné (en pointant du doigt le visage de Boisclair): "C'est lui, le fif qui prend de la coke!"

Glurp! On déraille! Oups! Rectification!

Petite discussion rectificatrice s'ensuit.

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Toutefois, une chose me reste en tête: si mon fils partage aussi librement la radicalité de certaines idées/réflexions/préjugés à l'extérieur de la maison, tout portera à croire que mon enfant vit dans un milieu où l'on porte des jugements gratuits alors que je suis fière d'expliquer certaines choses avec justice et objectivité à mes enfants.

On ne porte pas atteinte à l'humain.

J'ai ma fierté. Et j'y tiens. Mais une fierté maternelle, c'est parfois...tellement précaire!

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Tenez, prenez cette fois où je faisais une promenade avec mes enfants. Fils Aîné, alors âgé d'environ sept ans, me demande qui sont ces gens qui font du porte à porte. Je lui explique qu'il existe plusieurs croyances religieuses, que ces gens sont des Témoins de Jéhovah, que dans leur idéologie religieuse, ils doivent répandre "la bonne nouvelle" et parler de Dieu autour d'eux.

Il s'exclame alors haut et fort (assez pour que lesdits Témoins l'entendent): "Jésus, Jésus, JÉSUS! On a bien le droit de croire en qui on veut! Pourquoi chercher à nous influencer? Est-ce qu'on essaie de les convaincre de croire en Bouddha ou en Mahomet nous? NON! Eh bien qu'ils nous laissent tranquilles!"

État de la Grande-Dame: morte d'embarras.

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Ou encore, les confidences racistes et innocentes de Douceur au début de sa maternelle: "Maman, moi, j'aime pas vraiment jouer avec des personnes qui sont brunes. C'est parce que le brun, je trouve pas ça très beau parce que ça ressemble à du caca. Pourtant, ce que je trouve bizarre, c'est que j'aime le chocolat et que lui aussi, il est brun."

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J'ai bien sûr eu droit au chapitre embarrassant des caissières du supermarché avec Fils Aîné, qui tout-petit (3-4 ans), ressentait le profond besoin de les classer en deux catégories: les "belles" et les "pas belles".

Je lui expliquai à un certain moment que certains commentaires pouvaient faire de la peine aux gens, surtout si ce n'était pas des choses très agréables qu'il avait à dire. Je l'invitai donc à me partager ces commentaires "dans l'oreille".

Erreur de ma part, j'avais omis de spécifier "tout doucement", prenant pour acquis l'évidence de la chose.

Eh bien non, ce n'était pas évident. Ce jour-là, tous les clients de cette caisse -ainsi que la caissière elle-même, bien entendu-, eurent droit aux confidences de Fils Aîné en matière de beauté féminine. Pauvre caissière.

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Bon, je relativise avec eux, on discute, je désamorce certains préjugés, les initie à la discrétion et/ou la diplomatie, mais reste que ce qui sort de leur bouche est indéniablement imprévisible.

Il leur faudrait ce petit étiquette fixé au cou comme quoi les idées émises par ces enfants ne réflètent pas nécessairement celles de leurs parents.

Une façon comme une autre de préserver ma fierté.

3 commentaires:

FD a dit...

hi hi hi ! il faut voir les choses du bon coté : au moins tes enfants ont le sens de la répartie et savent développer des avis personnels sans influence exterieure, plutôt une réussite éducative, non ?! et lis Judith Rich-Harris "pourquoi nos enfants deviennent ce qu'il sont", très décupabilisant, et on en perd ses illusions de parents ! ici aussi, ils discutent politique même avec les copains "ma mère a dit qu'elle allait voter pour machin", "ah bon ? ma mère je sais pas mais mon père lui voudrait que ce soit Truc président" "c'est nul, Truc c'est un c***" Jamais nous n'avons dit ça à la maison, je le jure !
La pancarte oui, je serais assez d'accord ! "mes parents dégagent toute responsabilité quant à certaines de mes déclarations"

Julie a dit...

la vérité sort de la bouche des enfants, et cest pas toujours facile de "dealer" avec ca lol
J'aime bien ton blog, ca me fait beaucoup rire

Joss a dit...

Les parents ont de grands rivaux maintenant avec l'école et surtout la TV... C'est fou combien les enfants que je connais répètent tout ce qu'ils entendent à la télé... Les slogans publicitaires, les répliques de téléromans, les jokes de séries ados... C'esy cutes, mais des fois, ça décoiffe un ti-peu!
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