mercredi, août 26, 2009

Le vide

Ma volonté, qui vient à bout de beaucoup dans ma vie, a quand même ses limites quand il s’agit d’angoisses à gérer. Bien que je sois de plus en plus habile à m’auto-conditionner, je ne suis absolument pas infaillible. Je suis vulnérable. Les angoisses savent trouver mes failles.

De temps à autre, je tente une nouvelle stratégie pour arriver à mieux les gérer. Il y a un an et demi, je me suis mise au jogging dans l’espoir que la forme physique me permette un meilleur contrôle de mon esprit. L’exercice sur une longue période m’a procuré certains bienfaits et je devrais m’y remettre sérieusement.

Comme j’anticipais que mes angoisses me mettraient particulièrement à l’épreuve ces jours-ci, j’ai misé sur une puissante source d’adrénaline : le parachutisme.

J’avais déjà sauté d’un avion il y a quelques années et je me rappelle de cet instant comme étant, de toute ma vie, celui où j’ai le plus intensément vécu le moment présent. C’est aussi celui qui m’a permis une espèce de second cri primal qui fut pour moi très libérateur.

En chute libre, avec le vide qui veut vous avaler, exit les angoisses. Vis. Prends conscience si fort de ton corps que ton esprit ne parviendra même pas à le dominer.

Angoissée à la moelle, je suis partie avec ma gang rejoindre une copine ayant décidé cet été de s’investir à fond dans ce sport extrême. J’ai laissé ma gang sur la terre ferme et ai grimpé dans l’avion avec en-travers de la gorge le nœud de mes tourments. Au gré des pieds (en altitude), l’apaisement de celle qui attend la délivrance : celui de savoir que d’ici quelques minutes, ma principale source de stress sera la chute dans le vide, non mes angoisses. Que l’espace des cinquante secondes que dure la chute libre, l’adrénaline soit plus forte que le calvaire de l’irrationnel. Cet instant, unique et éphémère, il vaut de l’or.

Le pilote indique qu’il sera bientôt temps de sauter. Le transfert du stress de mes angoisses se fait tranquillement vers celui du vide propre et figuré qui m’attend. L’instructeur me pousse vers la sortie et chose extrêmement rare chez moi, je suis complètement abandonnée. J’abdique. Totalement. Sauter d’un avion? Allons-y, que ça me libère enfin du fardeau qui m’épuise. Quoiqu’il arrive une fois dans le vide, je sais que j’obtiendrai un répit. Maigre, mais un répit quand même. C’est lui qu’ardemment je convoite.

Lors de mon premier saut, j’ai regardé droit devant, j’ai hésité, j’ai paniqué, je suis tombée et j’ai tripé comme on s’ouvre à quelque chose. Cette fois, c’était différent. Je me suis calée contre l’instructeur, ai fermé les yeux, espéré la fin de quelque chose et laissé le vide s’ouvrir sous mon corps.

La chute : l’abandon, la confiance, la reddition, le lâcher prise, le néant, le tout, la liberté, l’harmonie dans l’anarchie, la simplicité, l’absence de contraintes, l’authenticité, la vérité.

Arrivée au sol, je fus heureuse de retrouver mes amours qui m’attendaient mais abattue que mes tourments m’aient si rapidement retracée. Ils ne se sont pas dissipés plus loin que la chute libre, sinon peut-être un peu après l’ouverture du parachute, même si je respirais bien à ce moment, au-dessus de toute vie. Bien que l’adrénaline du premier saut ait eu un mandat plus léger, elle avait tout de même duré plus longtemps que 50 secondes!

Bon. J’ai fait le calcul et aussi naturelle soit-elle, cette drogue (exceptionnelle, quand même) est un peu trop dispendieuse pour mes moyens. J’ai pensé que je pouvais trouver moins exorbitant que 250$ pour moins d’une minute de bienheureuse amnésie.

J’ai pris rendez-vous chez un excellent psy. J’espère renouer avec le vide, d’une autre manière cette fois.

18 commentaires:

Valérie a dit...

Que tu m'inspire! Que se soit une bourrasque vers le vide ou bien la création d'une famille si inspirante (les deux comportent leur dose d'adrénaline!). Tu es un modèle, une source de possibilités. J'adore lire cette force de vivre.

Peccadilles a dit...

Je te trouve bien courageuse, je ne suis pas sûre du tout que j'aurais du rester zen en parachute!

Peccadilles a dit...

Si tu envisages le deltaplane un jour par contre, je suis partante ;-)

loupom a dit...

J'adore lire cette fille passionnée, absolue au plus haut point...

J'attends son mot, chaque jour, comme la suite d'un téréroman.

Ses doutes, ses questionnements, sont le lot de plusieurs d'entre nous, mais comme elle le dit de manière si forte et si belle !! Inspirante, c'est le mot !!

Sassenach a dit...

Chère Grande Dame, voici un lien qui pourrait répondre à ton besoin de sentir le vent et avoir l'impression d'être en chute libre sans sentir le vide de ton porte-monnaie

http://www.lespaceaerodium.com/

Méli a dit...

Ouf tu es courageuse, j'aurais bien trop peur pour sauter en parachute... Je rêve de faire un tour de mongolfière un jour par contre... Pour l'angoisse, c'est pas facile... C'est un système d'alarme que quelque-chose ne va pas... faut trouver quoi et le régler et ça n'est pas toujours facile...

La Mère Michèle a dit...

Quelle FEMME tu es!
Tu viendras à bout de tout dans la vie toi, angoisses, conduite en Italie, vide...

Tu m'es très sympathique et je t'admire vraiment!

La Belle a dit...

Félicitation pour le courage que tu as eu de sauté dans le vide ;-) J'aimerai bien un jour faire cette activité... Un jour...

Christiane a dit...

T'es complètement folle! J'ai tellement ri. Comme çà, j'attends tranquillement ton OK pour ce soir alors que pendant ce temps-là, madame descend en parachute?

Tu m'influences...

Karim'Agine a dit...

J'ai consulté plusieurs années...Beaucoup de bienfaits cette thérapie, cette psychanalyse...

Je pense au parachutisme depuis quelques années. Axieuse diagnostiquée et médicamentée, je suis remplie de tourments, de peurs, de stress, d'inquiétudes....
je me suis dit que si je faisais la chose la plus épeurante au monde (à mes yeux), mes autres peurs prendraient moins d'ampleur en moi.

Votre texte m'a donner dans un premier temps l'envie folle de le faire...Une seule fois! Comme si ça allait me guérir, me permettre d'aller au bout de tout, moins dévorée par l'anxiété. Dans un deuxième temps, il a semé le doute dans mon esprit.

Si seulement, je pouvais avoir une garantie qu'un seul saut aurait l'effet escompter!!!

Anonyme a dit...

Quel audace !! Je suis trop sous le doute que le parachute ne s'ouvre pas (et que celui de secours non plus évidement :-)) pour tenter une pareille affaire...

Et comme mon chéri pilote le dit si bien " C'est quoi l'idée de se jetter en bas d'un avion en parfait état de marche?" :-)))

cricri

Caro et cie a dit...

Tiens, je vais ajouter le "saut en parachute" comme remède à mes périodes d'angoisse.. ;-)

T'es géniale! ;-)

Pur bonheur a dit...

Une heure de massothérapie par semaine, voilà ce qui te ferait le plus grand bien.

Anonyme a dit...

Comme tout le monde, je te trouve tellement géniale et inspirante!

Matty

Marie l'urbaine a dit...

Chère Grande dame,
toujours aussi vivante, rafraîchissante, inspirante.

Le plus grand saut, c'est quand même de consulter ! Faut du courage pour s'ouvrir à qqun de professionnel, de neutre, qui trouve nos failles et nous invite à travailler sur nous, vraiment. (Je te souhaite de tomber sur un bon qui propose des gestes médiats à poser, pas qui me fait qu'écouter et trouver des causes. Comment avancer ???) On devrait le répéter. Consulter c'est un geste de courage, de responsabilité... Et mautadit qu'on se sent hot après ! :)

Une femme libre a dit...

Ahoum! Sauter dans le vide pour combler son vide, logique!

Anonyme a dit...
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Zed Blog a dit...

Salut Grande Dame

J'ignore si tu verras ce message, sur ton billet passé que je viens tout juste de lire, aujourd'hui, dimanche le 30 aout.

Je ne peux faire autrement que te dire que j'ai justement hier publié un billet qui s'intitule Faire le plein de vide. Si le coeur t'en dit, tu es la bienvenue.

Zed ¦)