mercredi, novembre 04, 2009

La satisfaction

En discutant avec les collègues du cours d'anglais, un constat: aucun aspect de ma vie ne me procure une entière satisfaction, une satisfaction nourrissante et vraie.

Je ne suis au-dessus de mes affaires nulle part.

Ma vie, ces derniers mois: essayer de tenir ensemble tous les pans de notre réalité. Je suis sur l'autel, amère, résignée, désolée, à regarder s'accomplir l'homme épanoui et stimulé, les enfants heureux de leurs découvertes, mes amies dont les enfants rendus plus autonomes laissent plus de latitude à leur maman. J'essaie de me centrer sur mon objectif mais trop souvent mes priorités prennent le bord parce qu'il y a tout le reste.

Je ne veux pas négliger la petite enfance de mes si précieux petiots que pourtant je bouscule pour tenter d'arriver à tout coordonner, à trouver un tant soit peu de satisfaction quelque part. Je demeure donc sur l'autel. Pour combien de temps encore? L'autre prendrait-il ma place lorsqu'il le faut que je puisse m'accomplir aussi, trouver mon équilibre?

Me sens dans une gare bondée à regarder les autres rejoindre le train de leur accomplissement, à donner les directives à ceux qui le demandent. Je demeure immobile, tant de trains passent, je n'en attrappe aucun. Pourtant, c'est moi qui cours. Je voudrais pouvoir, comme tous ces gens, me consacrer à une destination, une seule qui puisse me faire sourire de satisfaction, qui puisse me permettre de m'asseoir sur un gratifiant sentiment d'accomplissement, qui puisse m'offrir le bonheur d'avoir enfin été au bout de quelque chose.

Je regarde ma vie, remets en question mes décisions des dernières années. Comment est-ce que j'ai pu m'enfoncer dans une inefficacité aussi chronique, moi qui ai toujours été au-dessus de mes affaires? Pourquoi ai-je fait les choix que j'ai fait alors que j'étais en connaissance de cause des obstacles de la situation?

Depuis ma gare, je déglutis. Je n'aime pas celle que la situation fait de moi: une femme aigrie, qui a perdu son sourire, ensevelie sous beaucoup plus d'obligations et de responsabilités que de plaisir et d'accomplissement. Je ne veux plus mettre tous mes oeufs dans le panier familial, j'ai besoin de paniers qui me sont propres, de manière complémentaire.

Comment se sortir d'une toile si complexe dans laquelle les rôles se sont figés d'une manière stérile, dans laquelle on s'asseoit sur de malsains acquis, dans laquelle le déséquilibre est devenu pernicieux, dans laquelle un écart s'est créé laissant les plaisirs d'un côté, les responsabilités de l'autre, une zone commune à peu près inexistante et un contexte dans lequel les réalités de chacuns deviennent si différentes que l'on finit par perdre le fil de l'autre?

Tout ce que sont mes plaisirs sont désormais perçus à tort comme une perte de temps: aller marcher, courir au sens propre, jouer du piano, jouer avec mes enfants, préparer des savons, ce qui décuple mon amertume de voir l'autre savoir prendre le temps de s'appliquer à ses plaisirs à travers un chaos qui semble passer inaperçu.

Ce n'est pas ainsi que je veux ma vie.

12 commentaires:

Anonyme a dit...

Comme je te comprends ! Moi-même, étant à la tête "que" de 4 garçons (qui se disputent beaucoup en ce moment !), j'ai l'impression d'être absorbée par ma vie familiale.J'ai repris mon travail d'enseignante cette année et de pas pouvoir préparer mes cours correctement dans le calme d'esprit, m'affecte. Du coup, je râle, je peste et je me sens aussi mauvaise mère que mauvaise enseignante !
Et pourtant mon désir de famille nombreuse est profondément ancré en moi. C'est un idéal que je nourris depuis très longtemps. Et je m'en veux de ne pas le réaliser de façon gaie et légère. Peut-être n'avais-je pas envisagé tous les tenants et aboutissants, comme l'ampleur des tâches ménagères et c'est vrai, le sacrifice de mes aspirations personnelles. Alors, tous les jours, j'essaie de bosser sur moi, d'être plus décontractée, plus à l'écoute, plus humaine et moins matérielle...mais ce n'est pas gagné à chaque fois !

MCV a dit...

Dieu qu'il est facile de s'oublier dans les aléas de la vie de famille!
Une chose est pourtant essentielle pour que tout continue de tourner; se permettre d'être et se faire plaisir en tant que maman- né-ces-sai-re!
Lâcher-prise sur ces choses qui freinent parfois notre élan;
je ne me sens plus coupable d'aller porter tititte à la garderie de temps à autre pour me permettre; d'être seule avec moi et de décider ce dont j'AI envie...

Super-maman a dit...

Il m'a fallu l'aide d'une psy pour tout démêler...

À travers ma démarche, j'ai discuté souvent avec mon conjoint, mon "partenaire de vie". Qui dit partenaire dit partage. Des tâches, entre autres.

J'ai réaménagé dernièrement la routine pour obtenir plus de soutien de mon amoureux en soirée. Et pour que nous puissions avoir du temps de couple et/ou en solo.

C'est beaucoup mieux !

Bonne réflexion...

Joan Durand a dit...

Moi aussi je comprends. On fait tout en même temps et on a l'impression de tout rater, côté famille et côté boulot, et on a l'impression que notre vie va plus vite que nous, que tout va trop vite, on se sent dépassées... Il doit forcément y avoir une solution. Les miens (les enfants) sont grands, en plus... je devrais y arriver, non? Ben non, pas encore...

Michèle a dit...

Permets-moi de te corriger : ce n'est pas ainsi que tu veux TES vies.

Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit.

Tu as l'impression de piétiner, de ne rien faire comme il faut, mais quand tu auras un peu de recul sur cette période si intense de ta vie, tu y porteras un regard plus indulgent.

Je dirais que c'est typique de la trentaine. Vouloir, à la fois, non pas une famille, mais une très grande famille, une carrière nourrissante, une maison nette, tout en écrivant un livre et en ayant bien sûr, un vie amoureuse palpitante et une vie sociale digne de ce nom, le tout ponctué de loisirs artistiques inspirants est simplement mission impossible.

Ce n'est pas une question d'organisation ou de partage des tâches. L'expression dit vouloir le beurre et l'argent du beurre... j'ajoute, le pain, le couteau, le cul de la fermière et le sourire du laitier. :)))

Et chacune de tes aspirations méritent que t'y consacre entièrement. Donc en choisissant de les chérir toutes, le sacrifice à faire est de les étirer dans le temps.

Si écrire un livre prend un an à quelqu'un qui s'y consacrerait uniquement, combien de temps dois-tu y mettre ? Peut-être trois, ou quatre.

Nancy a dit...

Je me sentais un peu comme toi il y a quelque temps, bien que dans mon cas, j'ai une carrière professionnelle, mais "que" 2 jeunes enfants. Ayant beaucoup voyagé et mené une vie "palpitante" avant les enfants (que j'ai eu la trentaine bien entamée), je trouvais ma vie plutôt routinière depuis un bout.

Or, en lisant le livre "Woods" d'Harlan Coben, un passage "marqua" mon imaginaire, et depuis lorsque je sens que je n'ai pas le temps de faire tout ce dont j'ai envie, je le relis. Pour moi, ça me permet de mieux apprécier ce que j'ai, plutôt que ce que ne n'ai pas ou plus. En plus, ça pratiquera votre anglais.

Voici l'extrait:
" In January of 1942, with rations set at a quarter pound of bread a day, Sosh's brother, Gravel, age twelve, and his sister, Aline, age eight, died of starvation[...].
You don't worry about happiness and fulfillment when you're starving. IT IS GOOD TO REMEMBER THAT. You live among this ridiculous wealth and you get lost. You worry about nonesense like spirituality and inner health and satisfaction and relationships. You have no idea how lucky you are. You have no idea what it is like to starve, to watch yourself turn to bones, to sit by hopelessly while someone you love, someone otherwise young and healthy slowly dies, and part of you, some horrible instinctive part of you, is almost happy because now will get a bite-and-a-half-size sliver of bread today instead of just a bite size."

Ceci se veut un encouragement "to see the silver lining" et non pas une remontrance.

Une femme libre a dit...

Je suis toujours frappée par la justesse des commentaires de Michèle, férus de sociologie, de psychologie, de philosophie et surtout de gros bon sens!

Pur bonheur a dit...

Il est vrai que Michèle est très douée pour trouver les bons mots.

Grande Dame a dit...

Merci pour vos commentaires.

Michèle, ma vie, mes vies, tout s'entrecroise de manière si chaotique, c'est facile de s'y perdre.

PS. Il ne faut pas oublier la vache. Je la veux aussi. J'adore les vaches.

Nancy, merci pour le texte. On se plaint parfois le ventre plein, c'est vrai. Selon la pyramide de Maslow, une fois les besoins primaires satisfaits, on peut espérer passer aux secondaires.

Ce sont les coups durs de la vie, les épreuves (les nôtres, celles des autres) qui nous ramènent à l'essentiel. Cependant, ignorer un malaise parce que d'autres vivent pire, ça peut tantôt s'appeler du relativisme, tantôt du déni.

Michèle a dit...

Aspirer à plus, à mieux est naturel et sain.

Là où le bât blesse, c'est quand les aspirations deviennent des désirs inassouvis et cause une insatisfaction chronique, un malaise comme tu dis.

C'est ainsi qu'une personne qui semble comblée aux yeux des autres peut se sentir, elle, en manque de tout.

Le mot chaos revient dans tes dernières chroniques.

J'ai parfois l'impression que nos désirs, ou aspirations (que nous en venons à identifier à tort comme des besoins), sont incompatibles, dans le temps.

Autrement dit, on peut aspirer, par exemple, à obtenir un doctorat. Et en même temps avoir un travail inspirant. Or, dans le temps, d'abord on étudie, et ensuite on se trouve un travail. Si on veut combiner les deux, soit les études sont plus longues, soit le travail est facile et routinier (plus facile). Mais les deux, de front, ne peuvent être menés de façon flamboyante.

Je trouve que tu es un exemple de ce genre de dilemme, avec tes petits. Tu es une maman couveuse et fusionnelle, et d'autre part, tu as envie de voyage d'aventure en amoureux. Mais ta petite te manque dès que tu es rendue au coin de la rue.

Voici deux désirs incompatibles, dans le temps. Si tu gardes en tête le voyage d'amoureux, il devient une source de frustration.

Tandis que si tu y renonces, maintenant, et que tu cesses d'y aspirer, ce n'est plus un sacrifice, mais un choix, qui te permet de profiter tout plein des quelques mois où princesse est encore bébé et potelée.

Et quand ce sera le moment de partir, que tu seras capable et heureuse de quitter tes (grands) petits, tu pourras savourer pleinement ces moments loin d'eux.

Je suis loin de te suggérer de renoncer. Je suis moi-même bien trop incapable de le faire. Mais je crois qu'on doit renoncer à avoir tout, TOUT DE SUITE.

Plusieurs vies, oui, mais une à la suite de l'autre, pas toutes en même temps.

Grande Dame a dit...

La particularité de ma situation est d'avoir "étalé" autant de besoins que d'enfants sur plusieurs années, reléguant toujours à plus tard le moment où je commence à jouir d'une distance tolérable pour moi avec mes enfants. C'est un choix que nous faisons comme couple mais qui comprend des côtés sombres qu'il est parfois ardu d'assumer de manière individuelle.

Les besoins sont réels, les enfants aussi. Je ne veux renoncer ni à un ni à l'autre mais seulement tenter de trouver un équilibre qui nourrisse un peu les deux côtés de la dualité le temps d'avoir un peu plus de latitude pour donner de l'importance à mes aspirations qui, oui, sont devenues un besoin criant.

Je suis exigeante envers moi-même lorsque vient le temps d'obtenir quelque chose qui correspond à un idéal (parfois une utopie). Ayant conscience de cela, je vacille entre les leitmotivs "soit indulgente envers toi-même et profite du moment présent" ou "allez, saute dans un train et accomplis toi aussi ce qui t'anime les trippes depuis un moment mais que tu as mis de côté pour profiter de tes enfants."

L'équilibre est quelque chose de mince, cassant, fragile, mais tellement essentiel.

Tu as des points de vue bien nuancés, Michèle, et je les apprécie.

Nanou La Terre a dit...

Michèle a si bien parlé...