mercredi, décembre 30, 2009

Quand le banal devient démesure

Les nuits ne sont pas toujours de tout repos ici. Bébé se réveille plusieurs fois par semaine aux petites heures du matin et il n'est pas rare que je me fasse réveiller par un parasite nocturne qui aime bien venir en catimini se coller contre sa maman (et monopoliser presque toute sa place).

Or, cette semaine, je fus réveillée pour un nouveau motif: un jeune homme de quatre ans était en panique aigue dans la salle de bain. Le problème? La pompe à savon était vide et il ne pouvait pas se laver les mains après avoir été à la toilette. Après avoir résolu de transvider lui-même le bidon de savon liquide dans la pompe, panique again: le bidon était vide. Pleurs hystériques pour que je vienne à sa rescousse. Hors de question de simplement se rincer les mains ou de faire comme ses frères et retourner se coucher sans délai. Depuis la salle de bain, trois heures du mat', à travers ses sanglots, il mâchouillait sa peur "d'attraper des bactéries".

Petit coup de coude à l'homme qui dormait paisiblement. Il sortit du lit pour aller recoucher le marmot.

Nuit suivante: même scénario. Phobie des bactéries suite au pipi nocturne et à la pompe toujours pas remplie. À travers ses cris, il revendiquait du savon pour tuer les bactéries. Je le sommai de prendre le savon de la baignoire. Il s'exécuta, encore en proie à une forte angoisse. Petit coup de coude à l'homme, disponible pour se lever mais un peu trop sonné pour réaliser la hantise qui s'était emparée de notre fils.

Le lendemain, je songeai à la situation la tête reposée. Nous ne sommes vraiment pas aseptisation "freak" ici. J'apprécie une maison propre et rangée, je me lave les mains très souvent, incite mes enfants à faire de même mais sans plus. Nous lavons nos mains "pour tuer les microbes" et sommes rarement malades. Parce qu'on touche à bcp de choses qui ont été manipulées par bcp de gens, on tente de limiter les dégâts. C'est tout.

Sauf que. Notre beau Thomas, lui, est décédé à cause d'une "vilaine" bactérie. C'est ainsi qu'on l'appelle, ici. Que je l'appelle. Je parle parfois de Thomas avec Frédéric. Pour qu'il le connaisse un peu à travers mon souvenir, pour qu'il sache qu'il a existé, pour garder sa mémoire vivante. Je lui parle avec amour, tendresse, douceur. Un voile de nostalgie, aussi. Aucun propos lourd ou amer, si ce n'est que de la reconnaissance du fait que papa, moi et toute la famille avons eu beaucoup de peine.

Ces derniers temps, il valide régulièrement la raison pour laquelle Thomas n'est plus là: "C'est parce que son corps a pas été capable de se défendre contre la "vilaine" bactérie, hein mamaan?".

Je ne crains pas plus les bactéries maintenant qu'il y a 3¾ ans et par conséquent, je ne suis pas alarmiste dans mon approche avec mes enfants quand il est question d'agresseurs invisibles. Une bactérie, c'est généralement banal. On en meurt peu souvent parce que notre corps, quand il est en santé, sait bien se défendre et qu'on peut le soigner, aussi. Ce qui est arrivé à Thomas n'est pas très commun. C'est même plutôt rare. Mais cela, à quatre ans, comment le comprendre?

Pourtant, dans la tête de notre petit Frédéric, l'équation causale (irrationnelle) semble sans équivoque. J'ai peut-être malgré moi semé des peurs.

13 commentaires:

Anne-Lune a dit...

Pauvre petit chou! :-/

Pas évident de "doser" nos interventions, hein? Ici aussi, c'est la crise si on saute le brossage de dents le soir, ou qu'on ne se lave pas les mains quand on est à la salle de bain. *Soupir* Ils apprennent parfois TROP bien nos leçons, ces marmots!

Marie l'urbaine a dit...

Si tu savais comme cela me touche...
Mon fils a régulièrement des crises de larmes parce qu'il veut que mon père revienne à la vie. Il avait 20 mois quand son papi est mort, mais la mort, justement, le traumatise. Je crois que ces peurs d'enfants sont entre autres le fait de leur propre niveau de sensibilité et d'anxiété, pas juste le fait de ce que l'on aurait "semé". Faut bien expliquer les causes du décès d'une personne chère ! Je ne crois pas que tu aies qqchose à te reprocher.
Et puis mon fils se réveille en pleurant parce que les dinosaures ont disparu. Ça me donne des indices de son propre niveau de sensibilité... :)
Voilà une autre anecdote, Facebookée cet automne : j'explique à fiston que Harry Potter est protégé par l'amour de sa mère décédée (Voldemort ne peut le toucher à la fin du 1er film). Il répond alors, les larmes dans la voix : "alors moi j'ai l'amour de papi Jacques dans mon corps et ça me protège ?", et se donne un bec sur la main - "dans le fond c'est à Papi Jacques, ...là, que je donne le bisou !"
:) xxx

Anne-Lune a dit...

Marie: Comme c'est mignon! :-)

Looange a dit...

Oh... comme dit anne lune, pauvre ti pou. C'est fou ce que les enfants enregistrent dans ce temps là.

Je me rappelle que mon grand avait enregistré qu'une des jumelles allait mourir alors que c'est pas vraiment ce que j'avais dit. Il était tout angoissé et l'avait raconté à une voisine. Obligée de m'assoir avec lui pour jaser.

Je te souhaite que c'est soudaine petite phobie parte vite :)

Grande Dame a dit...

Anne-Lune, l'assiduité prend un peu le bord en vieillissant pour les moussaillons un peu plus vieux. La rigueur, hein, kessé ça ? Mais ça, tu dois déjà l'observer. :o)

Marie, Léonard a encore le souvenir de ton père bien présent? Frédéric venait d'avoir deux ans lorsque mon père est décédé et pourtant, le souvenir, j'ai l'impression qu'il s'est effacé. Il le reconnaît sur des photos mais n'a pas de souvenir affectif. :o(

Effectivement très sensible ton jeune homme. Mignon comme tout. :o)

Looange, j'avais aussi interprété comme ton fils pour une des jumelles. :o/ Mais fiou, ce n'est pas arrivé. :o)

Une femme libre a dit...

Avez-vous vu le film Ponette? L'histoire d'une petite fille confrontée à la mort de sa mère. Mon prof de "Petite enfance et famille" nous l'avait présenté pour illustrer son cours sur "l'enfant et la mort". C'est justement à quatre ans que l'enfant commence à réaliser ce que veut dire la mort, son irrémédiabilité. À trois ans, il croit encore que la personne décédée va se réveiller et revenir comme avant. Source d'angoisse donc. Et en plus, c'est l'âge des phobies... vous n'y êtes pour rien. Les contes de fées seraient bénéfiques pour exorciser les angoisses des enfants (lire à ce sujet le psychanaliste pour enfants Bruno Bettelheim). Monstres, ogres et sorcières entraînent l'enfant dans un imaginaire épeurant mais où il y a aussi des princes et des bonnes fées qui vainquent l'adversité. Les contes de fées classiques parlent à l'inconscient. Une petite histoire par soir et puis du bon savon antibactérien?

S'il va à la garderie, il a probablement aussi entendu parler du sujet de l'heure, la grippe H1N1 et été témoin du climat de panique à ce sujet et des mesures d'hygiènes renforcées sous peine de...?

Vous écrivez si bien qu'on a l'impression de les connaître pour vrai vos merveilleux enfants.

Annie a dit...

Mon doux, c'est presque ironique... fabriquer autant de savon pour en manquer chez soi.

Grande Dame a dit...

Tiens, le commentaire qui devait finir par arriver. ;o)

Jane a dit...

C'est pas évident de parlé de choses lourdes avec nos enfants... mais j'imagine qu'un jour... il comprendra réellement.

Michèle a dit...

ref au commentaire d'Annie C'est drôle, le ton me dit quelque chose.

:)

Marie l'urbaine a dit...

Pour répondre à ta question, je crois que Léonard est plus traumatisé par le fait que son Papi soit mort que de se souvenir de beaucoup de choses de lui. Il dit souvent qu'il l'aime et qu'il veut le voir "pour vrai", mais il ne raconte pas des souvenirs personnels à son sujet. Par contre il va répéter ce que je lui ai raconté - comment cela faisait du bien à son Papi de le prendre dans ses bras, comment il s'est fait garder par lui, comment son Papi a été grandement touché par un beau câlin que Léonard lui a fait à l'hôpital qques jours avant son décès. Je ne parle pas de ça tous les jours, loin s'en faut, mais il a de la mémoire ! :)

Les commentaires de Femme libre m'apprennent bcp de choses, merci ! :)

Méli a dit...

Ouais, parfois certaines choses les marquent plus qu'on pense... Moi aussi, j'ai pas peu m'empêcher de penser que pourtant, il ne manque pas de savons chez vous, lol !

Mme Cornue a dit...

Je crois qu'on ne peut pas faire grand chose contre leur angoisse, sauf évidemment que de les désamorçées.

Ici, Victoria en parle beaucoup de son petit frère et rapidement elle nous a communiqué ses angoisses. Le plus étonnant??

C'est dans sa petite tête de coquine de 4 ans que ça se passe. Jamais on a parlé du fait que Benjamin ne mangeait plus à la fin, elle l'a remarqué. Ce qui fait qu'il n'y a pas si longtemps, pendant un autre souper infernal ou mademoiselle refusait le repas servi elle nous a sorti ceci : "si je ne mange pas, je vais mourir comme Benjamin hein?!"

Euh... ok... Bien sur qu'on l'a rassuré sur le fait que ça n'arriverait pas en tentant d'expliqué que c'était particulier dans son cas à lui. Reste que je me suis rendu compte que je n'avais pas grand pouvoir sur ce qui se passait dans leur tête.

Tout comme son grand frère qui a dit à ma mère que c'était sa faute si Benjamin était décédé... il lui avait donné un coup de voiture sur la tête quelques jours avant... pauvre chou.

Les associations se font malgré nous dans leur tête.