jeudi, août 18, 2011

La gare et "l'échangiste"


Il y a une éternité que je désirais vous parler du départ de Fils Aîné pour la contrée lointaine de l'Ontario il y a déjà un mois et demi et voilà qu'il vient de rentrer.

C'est très tôt que je suis allée le conduire à la gare pour rejoindre des centaines d'autres jeunes prêts à s'éparpiller à travers le Canada pour mieux se retrouver eux. Béatrice, à peine réveillée à l'aube, a surpris, puis intercepté notre départ en réclamant qu'on l'attende.

C'est avec elle que j'ai fait mes adieux à mon fils. Fils Aîné contenait bien dans son calme étanche sa fébrilité de partir loin de la maison pour six semaines afin d'aller travailler et apprendre l'anglais encadré par le programme d'échange du YMCA.

Ils étaient si beaux, tous ces jeunes ados aux bagages débordants (c'est là que Fils Aîné contrastait avec son maigre bagage de nomade à faire rougir d'envie toutes ces demoiselles lourdement chargées). En le regardant s'éloigner, Béatrice a compris que son grand frère partait pour vrai et ce sont ses pleurs déchirés à elle plus que le départ qui, bien qu'émouvant, m'ont brisé le coeur. 

Si l'adaptation fut facile dans sa nouvelle famille jamaïcaine qu'il a immédiatement séduite, ce fut un peu plus ardu pour sa jumelle à la maison. Le programme étant conçu pour apprendre la langue seconde par l'immersion, la jeune fille que nous accueillons a mis plusieurs semaines à se décider à nous parler en français. La barrière de la langue était pour elle insurmontable. Elle demeura donc stoïque, voire carrément sans expression durant une dizaine de jours. De nature réservée, elle s'intégrait peu, lentement et ne se séparait jamais de son iPhone. Pas question de rater un texto !

Cela n'était pas de la mauvaise volonté de sa part mais une espèce de lenteur de réaction due à sa quasi totale incompréhension du français. Elle me déstabilisait par son absence de rétroaction. Impossible de déceler à son non-verbal si elle avait apprécié une activité, étant toujours sans expression. J'ai fini par penser qu'elle n'était pas bien dans notre famille.

Un soir, nous avons entendu ses lourds sanglots dans la douche. Ça y est, que je me suis dit, elle craque. Elle regrette d'être venue, elle n'en peut plus.

J'ai téléphoné à la coordonnatrice pour lui expliquer la situation: de toute évidence, notre jeune ne se sent pas bien chez nous. Je suis en mesure de faire face à toutes les situations avec cette jeune fille pour autant que je ne sois pas la cause de son malaise !

J'ai pris mon courage à deux mains et ai été parler à "ma" demoiselle. Elle a justifié ses pleurs en me disant qu'elle avait aperçu une araignée dans sa chambre et qu'elle avait eu peur, qu'elle avait horriblement peur des araignées. J'avais l'impression qu'elle me bullshitait (qui déverserait bruyamment toutes les larmes de son corps durant dix interminables minutes pour une simple araignée?) mais au final, il semble que sa phobie soit tangible et puissante.

Nous avons appris par la bande (heureusement qu'elle existait cette bande; cela me permettait d'avoir un tant soit peu de rétroaction) qu'elle était bien chez nous et que son principal frein était réellement la langue (ce que j'ai constaté lorsque je lui parlais en anglais; elle devenait alors un peu plus vivante).

J'ai fini par me douter que ses couleurs réelles finiraient par transparaître lorsque le temps viendrait de quitter. Ce fut le cas. C'est autour de la troisième ou quatrième semaine que la présence de "l'échangiste" commença à être plus interactive, dynamique, spontanée.

Elle est partie et je dois avouer : elle me manque. Derrière sa grande réserve, c'était une jeune fille espiègle, généreuse, sensible, ambitieuse, affectueuse, franche, reconnaissante, pleine d'humour et très respectueuse.

Certaines personnes sont plus lentes que d'autres à s'adapter. De tout le groupe (les huit jeunes de l'échange que notre circonscription recevait), la nôtre était celle qui débutait avec le moins d'acquis. J'espère qu'elle aura retiré du positif de cette immersion chez nous. Depuis le tout début, je me suis souciée d'elle beaucoup plus que de Fils Aîné, pour qui l'adaptation fut si aisée là-bas et dont la vie familiale, sociale et professionnelle furent si enrichissantes que je savais que peu importe les situations, mon fils saurait se débrouiller.

Le YMCA organisant des activités incluant également les familles, tous mes fils ont pu tirer profit de cet échange linguistique et se lier d'amitié avec les huit jeunes présents. Grand-Charme revendique de participer à cet échange dans deux ans. 

C'est le coeur gros que j'ai quitté notre charmante invitée et ses amis à la gare. On s'attache à ces petites bêtes-là !

2 commentaires:

Maman à bord a dit...

Comme je te comprends. Nous aussi, nous avons accueilli plusieurs échangistes lorsque j'étais plus jeune. Je crois que celle pour qui ce fut le plus difficile fut une jeune australienne. Elle a passé 6 mois chez nous, mais elle ne parlait pas vraiment. Je sais par contre qu'elle a bien apprécié son séjour parmi nous. Malgré les années, elle nous donne encore de ses nouvelles (en anglais!;)).

Anonyme a dit...

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