lundi, avril 11, 2011

"Lève-toi et gagne cette course !"

En discutant sur Facebook d'une course faite hier pour laquelle je suis arrivée parmi les derniers d'une centaine de coureurs, cela m'a fait penser à ce texte de D.H Groberg tiré d'un Bouillon de poulet pour l'âme et qui m'a toujours particulièrement touchée (en d'autres termes, je braille chaque fois que j'y pense). Voici ce si beau texte pour Mamanbooh et tous ceux qui doivent se retrousser les manches pour se relever même quand la motivation ou l'énergie n'y sont plus. Traduction libre de moi-même.
"Abandonne, retire-toi, tu es vaincu"
Crient-ils pour me décourager
« Ils sont trop nombreux contre toi,
Cette fois, tu ne pourras pas réussir ».

Et comme je commence à me faire à l’idée
de mon échec imminent,
mon renoncement est soudainement remis en question
par le souvenir lointain d'une course.

J'espère alors que mes forces affaiblies,
au souvenir de la scène de cette simple course
retrouveront leur pleine vigueur.

C’était une course d’enfants,  de jeunes garçons du quartier.
Comme je m’en rappelle !  
Les jeunes hommes étaient fébriles, excités, 
mais aussi apeurés de devoir préserver leur honneur face à tous, cela ne faisait aucun doute.

Ils étaient là, tous alignés, si pleins d'espoir ,
chacun espérant gagner cette course,
prêt à tout pour la première place ou à tout le moins, la deuxième.

Les pères, rangés sur le côté, observaient avec attention la scène, misant chacun sur son propre fils et y allant de leurs encouragements.
Et chaque garçon, depuis la ligne de départ, jetait un coup d’œil du côté des pères espérant y trouver le regard du sien et surtout, sa fierté.

Arriva le coup de sifflet, puis les jeunes qui s’élancèrent
cœur battant, pleins de cet espoir de gagner, d’être le héros.
Tel était le souhait secret de chaque garçon.

Et un garçon en particulier,
se tenant près du peloton de tête,
songea à son père qui  depuis la foule le regardait
« Mon père serait si fier » pensa-t-il.

Mais comme ils accéléraient
en descendant une pente,
le petit garçon qui pensait à gagner
perdit pied et en agitant les bras pour retrouver son équilibre
au milieu des rires de la foule,
s’étala de tout son long sur le sol.

Comme il venait de tomber,  son père s’étira à travers les autres pères et posa sur lui des yeux inquiets. Puis, voyant qu’il n’avait pas trop mal, il s’écria : « Relève-toi et gagne cette course ! »

Pas trop amoché, le jeune garçon se leva et reprit place dans la course.
Il n’avait perdu qu’un peu de terrain, tout était encore possible.
Il se mit donc à courir de toutes ses forces pour rattraper les secondes perdues par la chute

Soucieux de rattraper
son retard et de gagner,
son esprit alla plus vite que ses jambes et dans une courbe raide,
il glissa puis tomba à nouveau.

À cet instant, il regretta ne pas avoir abandonné avant
avec la disgrâce et l’humiliation d’une seule chute.
"Je suis nul, mauvais coureur !
Jamais je n’aurais dû m’embarquer dans cette course ! »"

Mais à travers la foule qui riait, il chercha
le visage de son père,  ce regard  solide et rassurant qui disait encore:
« Lève-toi et gagne cette course ! »

Le jeune garçon se releva sans mal et retrouva sa place dans la course.
Dix mètres le séparaient du dernier coureur.
« Si je veux rattraper ces dix mètres pensa-t-il, je dois courir vraiment vite ! »

Le jeune garçon redoubla d’ardeur et donna tout ce qu’il avait dans le ventre.
Il réussit à rattraper huit ou neuf mètres mais pour atteindre le peloton de tête, il lui en fallait encore plus. Cependant, dans ses excès d’efforts, le garçon glissa et tomba de nouveau.
Démoli, humilié, il resta affalé sur le sol en silence.
Une larme coula sur sa joue.
« Il n'y a plus de raisons de me relever maintenant.
Trois chutes, trois échecs, pourquoi essayer à nouveau? »

La volonté de se ressaisir avait disparu.
Tout espoir s'était enfui.
Si loin derrière, si doué pour les erreurs,
Un perdant sur toute la ligne.

«J'ai perdu, et alors?", pensait-il
Je vivrai avec ma défaite et mon humiliation.
 Puis, il pensa soudainement à son père qu’il devrait regarder en face après la course.

«Lève-toi», entendit-il retentir faiblement en lui-même.
«Lève-toi et reprends ta place»
"L’échec n’est pas pour aujourd’hui, relève-toi !"
« Lève-toi et gagne cette course ! »

Avec une demi-volonté,  il se releva.
"Tu n’as pas perdu du tout" entendit-il en lui.
« Gagner, c’est savoir se relever chaque fois que l’on tombe ! »

Alors le garçon se leva et reprit une fois de plus sa place dans la course
avec un nouvel objectif. Résolu, il songea que peu importe qu’il perde ou qu’il gagne, au moins, il n'abandonnerait pas.

À présent loin derrière les autres, plus loin qu’il n’avait jamais été,
il donnerait tout ce qu'il avait
peu importe qu’il gagne ou pas.

Trois fois il était tombé,
trois fois il s’était relevé.
Trop loin pour espérer gagner,
il courrait tout de même jusqu'à la fin.

La foule applaudit le gagnant
alors qu'il traversait le fil d’arrivée
la tête haute, fier et heureux
sans chute ni honte.

Mais lorsque le jeune tombé
franchit la ligne, à la dernière place,
la foule lui donna les plus généreux applaudissements qui soient
pour avoir terminé la course.

Et même si il était arrivé le dernier
la tête baissée, perdant, honteux, 
à entendre la foule, on eût cru que c’était lui qui avait gagné la course.

À son père, il se justifia tristement, craignant de le décevoir:

"Je n'ai pas été très bon".
" Pour moi,  c’est toi qui a gagné",  lui répondit fièrement son père.
"Chaque fois que tu es tombé, tu t'es relevé."


*

En arrivant au fil d'arrivée alors que tous les coureurs sont déjà rentrés au bercail, cela fait chaud au coeur de voir que son amoureux et des monsieur madame tout le monde demeurent fidèles au poste avec leurs encouragements même pour les coureurs novices qui traînent de la patte mais qui n'en finissent pas moins leur course pour autant. Tout au long du parcours, des gens qui encouragent, donnent des tapes verbales dans le dos, d'autres coureurs méga musclés qui vous jettent un beau sourire et quelques mots d'encouragement au moment où vous troquez momentanément la course pour la marche, cela m'émeut profondément et me fait penser à la valeur du regard du père dans ce texte. Il dégage une si grande force métaphorique !

10 commentaires:

Mijo a dit...

Merci.

Maman à bord a dit...

Très beau et très trouchant! Merci de prendre le temps de partager!

Maman à bord a dit...

Oups! touchant!

Mamanbooh a dit...

Entre le souper, les devoirs et le bain, j'ouvre mon ordi le temps de "Kaboum" et je découvre ton texte...

Je suis toute émue (mes larmes coulent), merci pour ce partage, l'inspiration et la dose de courage que tu m'offres.

Je vais conserver longtemps ton texte (j'adore ton adaptation!) et le partager à mon tour à mes enfants, mes élèves et amis.

Merci. Mille mercis!
Julie/Mamanbooh -xox-

Super-maman a dit...

Wow ! Magnifique réflexion !

Karocreations a dit...

Tres beau texte ! belle lecon de vie ! je la garde dans la tete pour les bas de la vie....

Karo

Méli a dit...

Ça y est, je pleure...

Anonyme a dit...

chère Madame,

je vous lis parfois, j'en suis émue souvent, et admirative toujours...Aujourd'hui ce texte était parfaitement ce dont j'avais besoin. Puisse-t-il soutenir bien d'autres personnes !
Merci,
Delijulie

Anonyme a dit...

Très beau texte Grande Dame...

Valéry

Élisou a dit...

Très inspirant, merci d'avoir partagé avec nous ce magnifique texte. Et surtout, chapeau pour l'exploit sportif! C'est admirable!