jeudi, janvier 31, 2008

Lionne ou chef?

Par rapport aux reproches d’autrui vis-à-vis de nos enfants, il existe trois types de parents : ceux qui refusent catégoriquement toute réprimande venant d’une autorité extérieure faite à leurs enfants, ces petits anges irréprochables. Tout reproche fait à leur chouchou est toujours injustifié et la question n’est même pas discutable. Quoiqu'il ait fait de répréhensible, leur adorable enfant sera toujours blanc comme neige.

Il existe aussi ces parents qui, sous les reproches d’un voisin, du parent d’un camarade, d’un membre de la famille éloigné font immédiatement les gros yeux à leur rejeton avant même d’avoir obtenu sa version de l’éventuelle bêtise. L’enfant est mieux d’avoir une bonne explication et s’il y a lieu, il devra aller présenter des excuses en bonne et due forme à la personne lésée.

Puis, il y a ces parents à l’image de la grand-mère de Dany Laferrière dans l’Odeur du café, c’est-à-dire ceux qui blanchissent de toute faute leur petiot devant autrui, mais qui dès la porte de la maison fermée font passer un mauvais quart d’heure au fautif.

Depuis que je suis mère, je suis du deuxième type. Je ne tolère pas l’idée que ma marmaille ne soit pas conséquente ou puisse avoir mauvaise réputation. S’il y a erreur, il devra nécessairement y avoir réparation.

Cependant, cet après-midi, la lionne en moi a bondi et fait de ma personne une mère de troisième type.

Au café, où j’avais emmené avec moi un de mes petits convalescents, un homme qui pourtant semblait mériter un certain respect a apostrophé mon enfant en soulignant avec impatience et mépris son « manque de savoir-vivre parce qu’il ne mettait pas sa main devant sa bouche lorsqu’il toussait. »

Son commentaire aurait pu s’adresser à mon fils, à lui-même ou encore à moi, la mère indigne qui laissait tousser son enfant sans réagir mais le grommellement était indistinct et comme j’ai horreur des demi-mots mal assumés, j’ai réagi fortement.

En temps normal, j’aurais amadoué ou ignoré l’homme et rappelé discrètement à mon enfant de diriger sa toux vers le creux de son coude. Seulement, cette fois, la lionne étant ce qu’elle est, je ne fus pas clémente envers le moralisateur et bondis de mon fauteuil pour lui souligner que mon fils savait très bien vivre, qu’il avait pu y avoir oubli et lui rappeler que le savoir-vivre n’était pas qu’une question de manières physiques, mais également de civisme dans le ton employé lorsqu’on s’adresse aux gens. Je lui ai rappelé que les adultes ne pouvaient exiger des enfants de bonnes manières s’ils ne savaient eux-mêmes s’exprimer poliment.

Quelle insulte de sentir mon enfant perçu comme effronté alors que s’il y a une chose sur laquelle j’insiste dans mon éducation, ce sont les bonnes manières, le civisme, la politesse, le respect et le savoir-vivre! Qui dont était cet homme pour juger mon enfant ainsi sans le connaître réellement?

Malgré mes bonnes intentions, mes enfants ne sont pas infaillibles et lorsque des rappels doivent être faits, je m’en charge avec orgueil. À la limite, si l’adulte intervenant sait aussi s’exprimer à mon enfant avec respect, je tolère et offre même parfois un regard approbateur.

J’ai donc invectivé l’homme à mon tour en lui rappelant sèchement que tousser devant sa main était à proscrire et qu’il était nettement préférable de tousser vers son coude. J’ai rappelé à mon fils les règles d’hygiène qu’il avait omis d’appliquer et suis retournée à ma rédaction en ravalant mes vestiges de colère.

L’homme (courtois, tout de même), m’a souligné sa non-rancœur au moment où je quittais et m’a demandé si mon fils était enfant unique. Sur un ton de défi, je lui ai parlé de ma grande famille. J’ai même mentionné le petiot en route et lui ai souhaité une bonne journée. C'était honorable, tout de même, de tenter de faire la paix avec moi, cette bête féline rugissante qu'il ne reverrait probablement jamais.

Dans la voiture, mon fils mit ses gants blancs pour me confier à propos de mon ton autoritaire: « Maman, quand tu parles sur ce ton-là aux gens, c’est comme si tu étais un chef, comme si les gens ne pouvaient pas te désobéir. »

On peut dire ça comme ça, mais moi, je me perçois plutôt comme une lionne féroce en ce moment. Na!

mardi, janvier 29, 2008

Arrêt

La moitié de la maisonnée est dans un état lamentable. On tousse par-ci, on a mal à la gorge par-là, mal au ventre dans ce coin et on brûle de fièvre dans l'autre. Tout ce beau monde respire mal et ne carbure plus. Nous sommes en arrêt. Une convalescence quasi généralisée.

Au moins, tout le monde est vivant.

Après la mort de Thomas, j'ai rencontré sur un forum de discussion Cécile, une maman Française qui venait de perdre quelques mois plus tôt sa fille de 12 ans. Immédiatement, je me suis sentie proche d'elle car sa jolie Cindy, tout comme mon Thomas, était partie sans prévenir durant son sommeil.

Chacune de notre côté de l'Atlantique, nous nous sommes soutenues, nous avons attendu nos rapports du coroner ensemble en espérant que la cause de décès de l'une allait peut-être pouvoir mettre l'autre sur une piste. Nous étions tellement pleines de questions!

Voilà que j'apprends aujourd'hui qu'elle vient de perdre il y a quelques jours son fils de 21 ans de la même maladie génétique que sa fille. En deux ans et demi, PAF! La mort décime sa marmaille aux deux tiers!

J'ai le coeur labouré de penser que le destin puisse s'acharner sur une même personne ainsi. Ma compassion est une goutte d'eau dans l'océan de son chagrin.

Se faire arracher les entrailles une fois ne devrait-il pas nous immuniser à jamais contre un nouveau malheur de cet ordre?

lundi, janvier 28, 2008

Manipulation

(sournoiserie, stratégie, mesquinerie)

Rentrant de l'école, Fils Aîné fait un face à face avec un Tout-Doux malade ayant passé l'après-midi à la maison et venant gentiment l'accueillir.

Sans même lui dire bonjour et sur un ton plein de défi, Fils Aîné lance à son cadet: "Je te gage que t'es même pas assez grand pour mettre mon Icepak au congélateur!"

Insulté, Tout-Doux défend son honneur: "Oui j'suis capable!"

Impitoyable, l'aîné nie en dénigrant les capacités de son frère.

Tout-Doux élève le ton: "OUI JE SUIS CA-PA-BLE!"

-Ah oui? Alors prouve-le.

Du fin fond de la maison où, sagement, je tente de piquer un roupillon, je m'exclame à l'attention de mon premier-né: "Manipulateur!!!"

Fils Aîné s'approche doucement de sa tendre mère aux radars alertes même dans le sommeil: "Tu me parlais, ma belle maman d'amour?"

-Je te traitais de manipulateur.

Il éclate de rire.

"Tu as obtenu ce que tu voulais?", que je lui demande, espérant pour lui un humiliant échec.

-Bien sûr que oui! me répond-il outrecuidant et imbu de sa victoire.

Mais quelle sorte d'enfant ai-je donc engendré?

Quelques bonnes raisons pour pleurer

(catalysées aux hormones)

-cette publicité d’Héma-Québec dans laquelle un homme parle de l’anémie très rare de son fils qui requiert des transfusions sanguines régulièrement;

-ce blocus imposé aux Palestiniens par les Israéliens : c’est d’une inhumanité que de priver un peuple de ses libertés en le barricadant ainsi sur un territoire restreint et sans ressources ;

-l’absence douloureuse de mon père;

-cette fatigue tenace;

-ce triste rêve de la nuit dernière dans lequel j’assistais à mes propres funérailles. J’étais exposée debout dans mon cercueil et mon corps était apparemment mort. Les yeux fermés, je voyais mes proches défiler devant moi (ils auraient au moins pu avoir l’air tristes!), je voulais leur hurler que je n’étais pas réellement morte, mais mon corps desséché refusait d’ouvrir la bouche. J’étais déjà thanatopraxiée! L’horreur! J’étais prisonnière de mon corps mort et ne pouvais plus communiquer avec ceux que j’aime pour leur manifester toute la vie et la volonté qui m’habitaient! Je rageais de n'avoir plus de corps pour honorer la Vie!

-la vie intimement liée à la mort. J’ai craint redevenir enceinte après la mort de Thomas car je savais que le retour de la Vie possédait le pouvoir de réactiver un Grand Chagrin. J’avais raison. Gestes tendres, habitudes, regards, moments de joie et moments douloureux : je pense intensément à mon Beau Canard;

-le tendre souvenir de mon père et moi qui pleurons ensemble lors de la remise des médailles du marathon aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004. Quel magnifique moment! Contaminés par l’émotion pure et la fierté sur le visage de Stefano Baldini, nous pleurions comme des madones tandis que l’athlète fredonnait dignement son hymne national;



-la désolation de n’avoir pas un hymne national ayant déjà réussi à me faire pleurer;

-la profonde reconnaissance d’avoir des enfants merveilleux et en parfaite santé.

Soupirer

Je maudis mon corps lorsqu'il ne suit pas la volonté et l'inspiration de mon esprit. Je ne suis pas indulgente envers moi-même. J'aimerais me soustraire à la fatigue physique intrinsèque au premier trimestre et triompher des microbes qui m'assaillent et insultent mon habituelle force à leur résister.

samedi, janvier 26, 2008

Raisonnement d'homme

Les prénoms des enfants: sujet très délicat chez nous. Les deux derniers mousquetaires ont été chacun deux jours sans prénom. Nous ne nous entendons tout simplement pas. Nous en discutons trois ou quatre fois durant la grossesse, puis finissons par mettre définitivement le sujet de côté pour éviter les stériles et épuisants pourparlers.

J'ai tenté récemment une première approche pour un prénom jusque là au placard: "Myrlande, c'est joli pour une petite fille. C'est très doux..."

Grand-Homme: "MIrlande? Comme "guirlande"??"

Moi -Myrlande, oui, tout à fait! La soeur d'un ami s'appelle comme ça et j'ai toujours aimé son prénom...

Grand-Homme -MIrlande! MIrlande! Pourquoi ne pas l'appeler MEspagne, MItalie ou MGrèce, tant qu'à y être!?

Comment peut-on arriver à un consensus avec un raisonnement pareil et si peu de bonne volonté, je vous le demande?

vendredi, janvier 25, 2008

Merci

Mille mercis pour vos bons mots et votre estime envers les parents que nous sommes.

mercredi, janvier 23, 2008

...Violette à bicyclette

Annoncez que vous attendez un premier enfant, la plupart de vos proches seront fous de joie.

Annoncez que vous attendez un second enfant, on se réjouira fort probablement encore en spéculant sur le sexe opposé.

Annoncez la venue du troisième, il y aura quelques expressions de surprise, quelques soupirs d'hésitation camouflés par un "félicitations" peut-être un brin forcé. Peut-être aussi une vieille tante vous suggérera-t-elle de limiter l'air d'aller de votre reproduction à ce stade "pour vous assurer que vous aurez les moyens d'offrir des cours à vos enfants qui auront des talents particuliers."

Annoncez que vous attendez un quatrième enfant et plusieurs de vos proches, sachant que vous avez déjà fait vos "preuves", se réjouiront sincèrement pour vous en mettant de côté leurs inquiétudes à votre égard. D'autres vous souhaiteront ENFIN un enfant du sexe opposé si votre marmaille est jusque là composée entièrement d'enfants de même sexe. Certaines personnes mettront plusieurs semaines à digérer votre grossesse avant de se réjouir rééllement et de se décider à vous offrir les sincères félicitations qui vous iront droit au coeur.

Annoncez que vous attendez un cinquième enfant, surtout si vous êtes fraîchement séparée et attendez-vous à jugement et condamnation, même de certaines personnes que vous appréciez. Cela pourrait vous blesser, mais ne vous arrêtez pas à cela puisque vous êtes persuadée de faire les bons choix du haut de votre marginalité que vous assumez avec un sourire amusé entre deux retroussages de manches.

Annoncez que vous attendez un sixième enfant en anticipant les exclamations de désespoir. Certains se trouveront encore là pour se réjouir sincèrement avec vous. D'autres vous féliciteront en prenant soin de chuchoter à d'autres que ça n'a aucun bon sens, qu'il faudra savoir vous arrêter à un moment donné. Sachez qu'il se trouvera toujours quelqu'un quelque part pour savoir mieux que vous comment gérer votre vie selon des normes subjectives qui ne sont évidemment pas les vôtres.

Annoncez que vous attendez un septième enfant en songeant vous munir d'électrochocs pour ranimer toute personne (préalablement appréciée) au coeur fragile. Certains proches se trouveront encore là pour se réjouir avec vous et intérieurement, vous les chérirez pour leur loyauté, leur soutien et leur affection. Vous lirez dans le ton de d'autres leurs craintes à votre égard concernant les exigences d'une si large marmaille, l'étroitesse de votre maison, les coûts exorbitants de votre facture d'épicerie chaque semaine, etc.

À chacune de ces grossesses, vous entendrez des exclamations du genre: "Encore?", "Eh biiiiien!", "En tout cas, tu es fertile, toi!", "Vous aimez ça le se*e, vous autres!", "la contraception, vous connaissez?" (pour une liste plus exhaustive, je vous suggère de lire une femme expérimentée en matière de commentaires plates reçus).

Toutefois, la palme du commentaire impertinent reçu, à chacune de mes annonces de grossesses, est le suivant (fermez les yeux et entendez le ton mi-horrifié/mi-compatissant utilisé après avoir pris une bonne inspiration): "Eh beeen! Ouiiin!...Est-ce que c'était prévuuu?" suivi d'une anticipation angoissée de la réponse.

C'est là que le bain d'hormones ambulant (auquel personne ne veut se risquer à s'exposer) que je suis s'indigne. Y a-t-il quelqu'un dans la salle pour m'expliquer une chose: à partir du moment où l'on annonce que l'on attend un bébé, c'est pour partager une réjouissante nouvelle. En quoi le fait qu'un bébé soit planifié ou pas devrait-il changer quelque chose?

Le ton désolé employé (jumelé au teint généralement vert et nauséeux de l'interlocuteur) pour s'assurer qu'il ne s'agisse pas d'un "regrettable accident" suscite chez moi des élans sauvage d'agressivité.

Enceinte, je suis louve, lionne, chatte, et hélas, veuve noire par épisodes. Je suis féroce, intolérante, susceptible, acerbe, cynique, intense (intensément attachante?). Une vraie fille, quoi. Je condamne le mépris potentiel à l'égard de mon accueil chaleureux envers mon tout petit protégé. Ceci dit, je n'étrangle et ne découpe en jolis petits cubes roses les propriétaires de paroles indélicates que dans ma tête uniquement (et contrairement à ce que la tendre naïveté du Voyou peut lui laisser croire, je suis extrêmement cruelle (mais aussi extrêmement discrète dans mes séances de tortures mentales).

À présent, j'aimerais que l'on m'explique une autre chose: chez le commun des mortels (ou si vous préférez, ceux qui estiment qu'une famille compte et devrait toujours compter 1,6 enfant par famille +/- un peu d'élasticité), en quoi un troisième, quatrième...sixième, septième enfant devrait avoir moins de valeur qu'un autre? En quoi une septième grossesse devrait mériter moins de réjouissance qu'une deuxième?

L'aîné de mes enfants, quoiqu'il puisse en penser (je le souligne), ne possède pas une valeur supérieure à celle de ses frères, tout comme mes enfants 'planifiés' ne valent pas plus cher à mes yeux que mes enfants "surprise".

Voilà. Je vous ai tout livré. Vous savez maintenant que je montre les dents farouchement devant l'entrée de ma tanière en construisant tout doucement celui qui possède déjà l'ultime pouvoir de secouer les qu'en-dira-t-on?.

lundi, janvier 21, 2008

Vieille fillette

C'est la nouvelle insulte que mes garçons aiment utiliser entre eux.

Il ne faut pas sous-estimer sa portée.

Mon anonymat

Au café, du coin de l'oeil, j'aperçois ce que je crois être une vedette. Je lève le regard: c'est bien elle.

Je poursuis ma révision.

Je vois des gens circuler autour, valider aussi s'il s'agit bien d'elle d'un air faussement désintéressés.

La vedette discute doucement avec une amie. Elle est d'une superbe discrétion. Elle chuchote, semble chercher dans sa discrétion l'intimité d'une discussion entre copines.

Je n'aimerais pas être un personnage public et devoir continuellement surveiller mes paroles, mes gestes, mes niaiseries ou mes confidences à mes amies. Je n'aimerais pas sentir sur moi les yeux insistants du public. Je me sentirais agressée, angoissée. Je n'aimerais pas m'inquiéter qu'on me méprise, me déteste ou m'estime mal.

J'apprécie mon anonymat.

Les échecs

Qu’est-ce qu’un échec?

Une perception désolée de n’être pas parvenu au bout d’un projet ou d’une réalisation?

Un sentiment désagréable qui se fera fardeau tant que l’on ne parviendra pas à l’accepter?

Le regard que porteront les autres sur une situation que l’on n’a pas su maîtriser comme on l’aurait souhaité?

Notre orgueil écorché?

L’humiliation d’être tombé?

Si le projet non mené à terme ne génère pas d’amertume chez soi, doit-on le considérer quand même comme un échec?

Une réussite est-elle nécessairement plus pédagogique qu’un échec?

À partir de quel critère (établit par qui?) considère-t-on un échec comme tel?

Enracinée ce matin dans l’entrée de la garderie, j’ai pris conscience que je ne percevais pas mes projets non menés à terme comme des échecs.

Ma relation avec le père de mes quatre aînés (qui a duré neuf ans et demi), quoique lui l’estime ainsi, ne représente pas un échec pour moi. Parce qu’elle était vraie et sincère, je respecte énormément la relation que j’ai vécue avec lui. Bien que douloureuse, notre rupture fut nécessaire à ma survie. Et bien qu’elle fut une fin, elle fut aussi le début d’autre chose de positif à plusieurs niveaux.

Ma maîtrise avortée ne fut pas un échec. Elle fut le germe d’un peu de sagesse chez moi : celle de savoir enfin respecter mes limites, quitte à renoncer à un projet qui me stimulait.

Le sabordage de mon entreprise ne fut pas un échec, même s'il me désolait et que la décision ne fut pas facile à prendre. J’ai appris beaucoup de la gestion, de la comptabilité, du droit des affaires, du réseautage et surtout, de mes besoins réels (que j’occultais) durant cette période. J’ai appris à me connaître davantage. Le sabordage de mon entreprise m’a permis de demeurer fidèle à moi-même en dépit de ce que tous ceux qui y avaient cru ont pu penser. Ce fut un très bel exercice d’humilité.

Les échecs sont-ils uniquement un sentiment? Une perception personnelle? Ou encore, dans mon cas, une forme de déni? Les échecs sont-ils des nécessités de tomber pour apprendre à mieux se relever?

dimanche, janvier 20, 2008

L'assurance vs les doutes

Quel succulent sentiment d'accomplissement que celui de clore une étape pour en entamer une deuxième!

J'ai terminé la rédaction de mon livre. À mon grand bonheur, j'entre maintenant en processus de révision.

À prévoir: avec le recul pris depuis le début de mon écriture il y a quatorze mois, je m'estimerai en alternance dramatique à l'excès, subjuguée par le sentiment d'être absolument géniale, triste de posséder si peu de vocabulaire, fière d'avoir réussi à trouver les mots justes et les métaphores parfaites, prétentieuse, prévisible et pitoyablement idéaliste, certaine d'avoir un style imagé et tendre à souhait ainsi qu'une thématique intelligemment développée.

Malgré mes craintes et mes doutes, j'ai la satisfaisante impression d'avancer vers quelque chose de tangible.

vendredi, janvier 18, 2008

Assumer son audace

Je suis encore sous le choc de mon audace: moi qui suis de nature très réservée, j'ai osé, au café, aborder une jeune femme pour lui signifier toutes les raisons pour lesquelles elle pourrait devenir l'amoureuse de mon frère.

Elle semblait honnête, authentique, naturelle, digne, équilibrée, indépendante. Elle était jolie, s'exprimait bien, dégageait le même genre d'énergie que mon frère. Bref, ils étaient, à mon intuition, parfaitement compatibles.

À mon grand étonnement, elle a consenti à me donner son adresse courriel. Je suis enthousiaste à l'idée de penser que j'aie pu voir juste...

La vie, parfois...

Pourquoi c'est souvent lorsqu'on a renoncé à obtenir A après avoir travaillé si dur qu'il s'offre à nous subitement alors que l'on venait de prendre sereinement la décision de nous consacrer à B?

Le A qui revient s'offrir en agace n'existe-t-il que pour tester l'assurance que nous avons pris la bonne décision face à B?

Voilà que A vient semer des doutes dans mon esprit jusque là en paix. Je n'avais pas besoin de ce genre de dilemme en ce moment, d'autant plus qu'il y a maintenant la variante C à prendre en considération et qu'elle n'est moralement compatible qu'avec B.

Suis-je une fille morale?

Pfff.

mercredi, janvier 16, 2008

Leçon pratique de maths et de reconnaisance en onze étapes faciles

Quoi de mieux qu’une leçon pratique pour offrir aux enfants une prise de conscience de la valeur de l’argent et de ce qu'ils reçoivent?

1. Décrétez un soir de semaine que vous les amenez au resto avec les certificats-cadeaux reçus pour Noël (après avoir manifesté leur joie, ils se déclareront maîtres absolus de LEUR certificat-cadeau et de LEUR choix de menu et vous avertiront qu’il est hors de question que vous empiétiez sur LEUR certificat-cadeau si jamais il vous manquait d’argent.

2. Une fois au resto, rappelez-leur qu’ils ne doivent pas dépasser le montant inclus sur leur certificat (ils se sentiront tout de même riches et insisteront pour prendre une entrée, ce qu’habituellement vous leur refusez).

3. Observez-les faire des calculs sur leurs napperons pour être sûrs de respecter leur budget.

4. Il n’est pas nécessaire de camoufler votre sourire lorsqu’ils viennent de réaliser qu’ils doivent AUSSI penser à inclure taxes et pourboires, au risque de faire une croix sur le dessert qu'ils convoitaient depuis un bon moment.

5. Pensez à expliquer à vos petits séraphins qui insistent pour affirmer que le pourboire n’est pas obligatoire qu’il existe certaines conventions à respecter.

6. Observez-les chercher des failles au service de la serveuse pour légitimer la révision à la baisse du pourboire qu’ils comptent lui laisser (leur permettant de ce fait de ne pas renoncer au dessert).

7. Observez tendrement le plus raisonnable de vos enfants offrir un prêt d’argent au plus gourmand.

8. Spécifiez à votre progéniture que ceux qui vous imposent de payer l’excédent de leur facture par de mauvaises prévisions budgétaires se verront imposer des tâches supplémentaires à la maison pour compenser.

9. Acceptez avec plaisir leurs remerciements pour la sortie au restaurant.

10. Pensez avec amusement à la distribution des tâches qui devront être attribuées (eh oui!)

11. Savourez la certitude que lors de votre prochaine sortie au resto sans certificats-cadeaux, tout le monde sera raisonnable sans que vous n'ayez à rappeler les leçons tirées de la sortie précédente.

Les enfants de mon frère

Mon frère n’a pas d’enfants, au grand désespoir des miens qui lui demandent désespérément de leur faire des cousins et des cousines. C’est qu’il cherche toujours la mère de ses futurs marmots!

Nombre de fois, sachant qu’il allait mourir, mon père m’a confié sa tristesse de n’avoir pas la possibilité de connaître les éventuels enfants de son fils. Il était tellement fier de lui!

Sachant la mort de notre père imminente, je voulais acheter une carte et faire écrire un mot de félicitations de la part de papa. Je l’aurais conservée secrètement jusqu’au jour où mon frère aurait eu son premier marmot.

Je n’ai pas eu le temps de le faire. Cette carte aurait eu une valeur particulière.

La foi

Je crois ne pas croire en Dieu. Cependant, je trouve beau de voir quelqu’un avoir la foi. Avoir la foi requiert une certaine naïveté et l’acceptation de cette naïveté (qui n’est pas du tout péjorative). Je n’aime pas être naïve. Je crains trop la déception.

Avoir la « naïveté » de la foi, c’est aussi, d’une certaine façon, savoir lâcher prise et j’aimerais bien avoir cette capacité.

Dans le très beau film pour enfants Le Prince d’Égypte, avant de transformer l’eau du fleuve en sang, Moïse dit à son peuple qui s’inquiète de l'oppression du Pharaon qu’on peut bien leur prendre leur maison, leur femme, leurs enfants mais que jamais on ne pourra leur prendre leur foi. Comme si c’était la pire chose à perdre.

Même si la vertu de la foi est très belle, c’est très gros comme sacrifice! Si j’avais eu la foi, j’aurais préféré la perdre plutôt que de perdre un de mes enfants.

Depuis la mort de mon père, je me sens étrangement zen. Mélancolique, mais zen. Je me questionne sur le pourquoi de cette apparente indifférence.

Plus j’y réfléchis et plus je crois que, loin de l’indifférence, je réagis ainsi parce qu’en portant mes morts, je me sens divinement proche d’eux. J’étais proche de mon père et je ne me suis jamais sentie si proche de lui que depuis sa mort.

À partir du moment où j’ai pris conscience des vices de mon père, j’ai toujours su qu’ils allaient le tuer. Adolescente, j’étais hantée par l’éventualité qu’il décède avant de connaître mes enfants. C’est l’une des raisons pour lesquelles je les ai conçus si tôt.

Que peut-on craindre à partir du moment où ce que l’on a toujours craint s’est finalement concrétisé?

Je porte mon père en moi, et comme Moïse le dit à son peuple pour la foi, je sais que rien ne pourra plus me l’enlever.

Je porte amoureusement mes morts comme d’autres portent leur foi. Ma foi, c’est la certitude inébranlable que je les retrouverai.

lundi, janvier 14, 2008

Une belle image

J'ai toujours trouvé très puissante l'image d'une jeune femme qui remonte l'allée de l'église au bras de son père le jour de son mariage, le jour où elle est la plus belle du monde.

Si je m'étais mariée, c'est assurément le moment que j'aurais préféré, celui où j'aurais dû retenir mes larmes de toute ma volonté (j'aurais échoué, bien sûr) et où j'aurais été la plus fière: être au bras de mon père pour une marche solennelle. Nous aurions pleuré tous les deux et nous aurions ri de notre émotivité extrême en nous faisant des clins d'oeil.

Je vous ai déjà parlé des funérailles d'une jeune fille ici. J'avais été bouleversée alors de voir les parents marcher lentement vers la sortie de l'église, la mère tenant la photo de sa fille et le père portant ses cendres.

Mon coeur s'était serré très fort et j'avais confié à mon homme ma compassion pour le père, qui s'était peut-être déjà imaginé remonter l'allée au bras de sa magnifique fille pour la mener vers son avenir amoureux. Au lieu de cela, il allait en sens inverse avec sa dignité et tout le poids de son chagrin.

Deux jours avant son décès, papa était assis sur son fauteuil habituel. Je m'agenouillai près de lui et déposai ma tête sur son avant-bras.

Je lui dis: "Tu sais ce qui me rend triste, papa? C'est de penser que si un jour je me marie, tu ne seras pas là pour m'accompagner jusqu'à l'autel."

Il y eut un silence et je devinai sa désolation. Papa, avec sa main libre et tremblotante, se mit à caresser mes cheveux et me suggéra de demander à mon frère.

Je lui répondis que ce ne serait pas la même chose, que c'était aux pères, traditionnellement, d'accompagner leur fille. Il prit un semblant de ton ferme et me dit: "Demande à ton frère. Il va le faire. C'est lui qui va t'accompagner."

Nous nous tûmes tous les deux. Désolation et impuissance devant l'imminente fatalité. Papa cessa de caresser mes cheveux. Ce simple geste lui demandait un trop grand effort physique. Je demeurai là un moment avant de me relever et de retourner à la préparation du souper.

Un autre précieux moment estampillé dans mon coeur.

Une découverte

Tout en douceur, en force d'évocation et en poésie ici.

Concept abstrait

Qu'est-ce que Thomas? Qui est Thomas? Où est Thomas?

Difficile, pour un enfant de deux ans (qui n'avait que cinq mois lorsque son frère est décédé) de comprendre le lien entre le sublime petit garçon qu'il reconnaît sur les photos et la boîte de bois dans la chambre de papa et maman que l'on désigne par le même prénom.

Il y a quelques mois, il m'arrivait régulièrement de déposer un baiser sur l'urne de Thomas en murmurant quelques mots doux, rituel qui est presque disparu.

Étrange sentiment que celui généré par les pleurs d'un enfant de deux ans réclamant: "(C)âlin Thomas, (c)âlin Thomaaas!" jusqu'à ce qu'à bout de nerfs, nous lui tendions l'urne de son frère et qu'il la serre contre son coeur avant de retrouver le sourire.

On prend conscience que le concept "Thomas" est encore très nébuleux lorsque ledit enfant saisit avec délicatesse le coffret de géométrie de son frère aîné en murmurant avec émerveillement: "Oh! Thomaaas, Thomaaas".

"Non chéri, ce n'est pas là-dedans que se trouve ton frère..."

dimanche, janvier 13, 2008

Sorry, I don't speak French

En voiture...

Frédéric (2 ans) -Voir gand-maman?

Moi -Oui Frédéric, on s'en va voir grand-maman.

Frédéric -...

Moi -...

Frédéric -Maman, voir gand-maman?

Moi -Oui Frédéric, on s'en va voir grand-maman.

Frédéric -...

Moi -...

Frédéric -Maman, voir gand-maman?

Moi -Oui. OUI, on s'en va chez grand-maman.

Frédéric -Voir gand-maman/Luc?

Moi -Non, "mon oncle" Luc ne sera pas là.

Frédéric -...

Moi- ...

Frédéric -Maman? Voir gand-maman?

Moi -Effectivement.

Frédéric -...

Moi -...

Frédéric -Voir gand-maman?

Moi -Frédéric, pourquoi c'est toujours nécessaire que je te confirme la même information plusieurs fois?

Grand-Homme, ironique -C'est comme ça lorsque ça fait quatorze fois qu'on ment à un enfant. Après, il faut travailler dur pour regagner sa confiance...

Frédéric -...

Moi -...

Frédéric -Voir gand-maman?

Moi -Yes, of course.

Frédéric -...

Moi -...

Frédéric -...

Moi -...

Frédéric -...

Moi -...

Frédéric -...

I'm glad you finally understood.

vendredi, janvier 11, 2008

Poisson!

Je suis une personne attentive aux campagnes de publicité, marketing et relations publiques de certaines entreprises, que j'en sois cliente ou pas. J'analyse, décortique, évalue, cogite. Dans les magasins, j'observe la mise en marché et la façon dont les marchands cherchent à se distinguer de leurs compétiteurs.

Mère, je suis évidemment sollicitée par mes enfants pour une panoplie de gadgets inutiles/gâteries/jouets/. Depuis longtemps, je conscientise ma progéniture aux objectifs marketing des entreprises et des marchands, dont l'objectif premier est de vendre, peu importe si l'objet de la vente nous sera utile ou pas.

Mes trois aînés sont devenus assez habiles pour déceler des stratégies de vente, ce qui me fait espérer qu'ils seront peut-être des consommateurs avertis. Je crois qu'ils éprouvent aussi une certaine fierté à percer quelques rudiments de vente. Ça les force à mieux évaluer leurs besoins (relatifs à leur âge, bien sûr) par rapport à ce qu'on leur offre.

Cependant, je suis incapable de prêcher par l'exemple lorsque sollicitée par du marketing olfactif. Je deviens la cliente idéale. Je suis fichue. J'éprouve beaucoup de mal à résister à l'odeur du pop corn au club vidéo, et ce même si je sais pertinemment que de succomber finira en mal de coeur. Idem au cinéma, où je peste contre les prix exorbitants et où j'avise mon homme chaque fois de m'empêcher de succomber. C'est une victoire chaque fois que je réussis à RÉSISTER!

Je suis très sensible aux odeurs. Comment résister à l'odeur du pain frais au supermarché? À l'odeur des bouquets de basilic frais qui surclasse celles de tous les autres légumes au marché? Comment résister à l'odeur de la chocolaterie? À l'odeur des livres neufs? Aux bougies parfumées à la vanille?

Je suis indéniablement le poisson parfait.

jeudi, janvier 10, 2008

Reconstituer l'histoire

Il y a un mois aujourd'hui que mon père nous a quittés.

Six mois plus tôt, il avait décidé de renouer avec quelques membres de "sa troupe". De fil en aiguille, cette dernière s'est quasi entièrement reconstituée. Chaque fois que je parlais à mon père, il était heureux de me dire qu'ils avaient retrouvé un membre de plus. C'est avec joie que ceux qui ont été rejoints ont réagi à l'idée de retrouvailles.

Mon père nous a toujours parlé avec enthousiasme de sa troupe. Elle l'a humainement marqué. Sa troupe, ce sont les 31 autres jeunes hommes de 18-20 ans avec lesquels il a reçu son entraînement à la GRC. Ces trente-deux jeunes hommes furent des frères de coeur durant les neuf mois qu'a duré l'entraînement.

Il y eut, au tout début, des frictions entre les trente membres anglophones de la troupe et mon père et le seul autre francophone avec lui (les éternelles guéguerres entre anglophones et francophones!). Puis, le charisme de mon père étant infaillible, il fut rapidement apprécié par la majorité anglophone pour son humour et sa jovialité.

Une grande solidarité avait soudé la troupe.

Après l'entraînement, tous ces jeunes hommes furent dispersés aux quatre coins du Canada et très peu gardèrent contact.

Il y a six mois, donc, mon père eut envie de reprendre contact avec ses amis. Il savait le cancer menaçant et il me confia l'été dernier qu'il n'avait qu'un souhait: que sa santé lui permette de se rendre aux retrouvailles de la troupe en juin 2008. Il espérait réellement retrouver sa gang!

Suite au décès de mon père, plusieurs membres de la troupe ont manifesté leur tristesse d'apprendre que la maladie l'avait emporté et qu'ils ne pourraient le revoir, tel que prévu, en juin. Il fût souligné par plusieurs d'entre eux que la personnalité et l'humour de mon père ne seraient jamais oubliés.

Pour les retrouvailles, chaque membre doit rédiger un bilan de son parcours professionnel et le présenter au reste de la troupe. Malgré le décès de mon père, le comité organisateur maintient son invitation pour nous.

C'est donc à titre posthume que nous irons présenter le parcours de mon père.

Le hic? Je n'ai qu'une idée approximative de ce que faisait concrètement mon père. D'abord enquêteur pour la GRC, puis pour une autre entité où tout est classé TOP SECRET, comment dresser un profil juste de ses activités professionnelles?

Si mon père avait été facteur, j'aurais pu dire qu'il livrait des lettres aux citoyens de tel secteur. S'il avait été chef cuisinier, j'aurais pu vanter ses délectables spécialités. S'il avait été enseignant de mathématiques, j'aurais pu parler de sa passion pour la géométrie et de ses qualités de pédagogue.

Mon père enquêtait pour les services secrets canadiens. Que fait un enquêteur? Eh bien, ça enquête! Et ça ne parle jamais de son travail à la maison. C'est d'une extrême discrétion. (À la limite, je pourrai nommer des affectations, sans plus.)

Mon plan pour les prochains mois? Contacter ses amis, collègues, son ancienne secrétaire et tenter de rédiger un bilan qui corresponde bien à ce que fût professionnellement mon très discret papa. Puis, en juin, aller fièrement le représenter auprès de cette troupe qui ne s'est pas rassemblée depuis quarante-trois ans.

mercredi, janvier 09, 2008

La portée d'un compliment?

Dans la file au café, une femme très belle d'environ 35-38 ans. Son teint a l'air en parfaite santé, elle dégage quelque chose de serein. C'est le genre de femme qu'on voudrait s'approprier comme amie par la douceur, l'énergie positive et l'authenticité qu'elle dégage.

Je suis frappée par ses cheveux. Ils sont très courts, très denses, cherchent à friser malgré leur peu de longueur et des reflets de toutes les couleurs les rendent resplendissants et apparemment soyeux.

Je la contemple discrètement, puis je ne peux m'empêcher de la complimenter sur la beauté de ses cheveux.

La femme est étonnée, me remercie, puis un court malaise s'installe. Elle finit par se tourner vers moi et me dire qu'elle a toujours eu les cheveux très longs et que ce n'est pas par choix qu'elle porte désormais les cheveux courts: elle a dû subir de la chimiothérapie.

Je suis touchée qu'elle me partage cela et lui souhaite sincèrement de la santé.

J'ignore si cette femme se trouvait jolie avec sa nouvelle chevelure, mais si ce n'était pas déjà le cas, j'espère qu'elle osera se considérer différemment. J'ai rarement rencontré d'inconnus suffisamment lumineux pour me faire surmonter la barrière de ma réserve et offrir un compliment gratuit.

mardi, janvier 08, 2008

Testostérone

Je me réveillai d'une sieste cet après-midi avec en tête une idée de dessert apparue magiquement durant mon sommeil.

Ne réussissant à me sortir de la tête cette esquisse de pâtisserie, je la soumis au Comité gastronomique de la maison (Fils Aîné), dont le membre unique se plaint que nous ne mangeons pas suffisamment de gâteries. Il estima rapidement cette recette intéressante et le Comité y apposa unanimement son sceau.

Nous préparâmes en équipe nos petits délices et je ne fus pas étonnée du soin qu'il y investit.

Au repas, il engloutit son vol-au-vent avec hâte et sachant que j'allais exiger qu'il se serve une part de salade afin d'avoir droit au dessert, il n'attendit même pas que je le lui demande.

Il attendit impatiemment que tout le monde ait terminé son repas pour accéder enfin à sa généreuse portion de notre fameuse innovation. Interpellés par l'odeur (ou est-ce par les cris de bonheur de l'estomac sur pattes qu'est Fils Aîné?), Grand-Charme et Tout-Doux se joignèrent à nous pour la dégustation officielle.

"Maman, quand j'aurai des enfants, tu pourrais préparer ce dessert quand on viendra te rendre visite. Ce sera ton dessert de grand-mère et mes enfants seront contents" m'annonça mon aîné.

Grand-Charme et Tout-Doux voulurent s'assurer que j'accorderais le même traitement de faveur à leurs marmots. Provocateur, Fils Aîné décréta qu'eux n'auraient jamais d'enfants "vu leur infertilité".

Je traduis pour eux l'insulte qui venait de leur être livrée.

Une poignante discussion sur la virilité, la fertilité et les capacités de reproduction de chacun s'ensuivit, chacun mettant en doute le potentiel reproducteur de l'autre afin de rehausser sa propre virilité. Il y eut également, on peut s'y attendre, une série d'insultes sur leurs attributs virils respectifs, un espèce de jeu tacite sur qui livrera l'insulte la plus mordante, des éclats de rire et des soupirs de ma part devant leur inégalable vivacité d'esprit.

Finalement, j'attribue une étoile à Grand-Charme pour sa splendide finale: il termina son assiette le premier, alla la déposer sur le comptoir et décréta d'un air hautain tout ce qu'il y a de plus théâtral avant de disparaître au sous-sol: "Vous ne méritez pas ma compagnie, très chers, je quitte donc cette table avec toute ma fertilité!"

Et vlan dans les...

Immortaliser


Une lectrice, en commentaire au dernier billet, référait à
ce billet traitant d'une oeuvre réalisée par Nancy Aubut, une artiste qui a tout mon estime.

Ce magnifique diptyque représente Thomas et son regard profondément intense, qu'elle a su rendre à merveille. Plusieurs symboles significatifs pour nous ont aussi été intégrés dans ces toiles, que je ne me lasse pas de regarder et qui m'émeuvent toujours autant.

Depuis un an, ces deux toiles trônent dans notre salle à manger et rendent l'absent tant aimé présent à sa manière.

Chaque personne qui franchit le seuil de notre porte ne peut détourner son regard de cette oeuvre. C'est notre façon d'affirmer la présence de Thomas au sein de notre famille en dépit de son absence physique.

lundi, janvier 07, 2008

Un regret

Celui de n’avoir pas filmé mon père auprès des enfants qui décorent le sapin deux jours avant son décès.

J’avais pris la peine d’amener la caméra justement pour immortaliser ce moment! Parce que je craignais de heurter l’orgueil de mon père (qui fut avant la maladie un homme d’une exquise beauté), qui savait son apparence diminuée depuis sa maladie, j’évitais de le prendre en photo.

Quelle valeur sentimentale aurait eue ce petit film si j’avais osé le faire! Je paie d’un grand regret ma crainte peut-être injustifiée du 8 décembre dernier.

Bidules et gugusses

On a beau être adultes, on sait qu'on est encore constitués d'une part d'enfance quand on expérimente avec fébrilité nos nouveaux bidules et gugusses reçus pour Noël.

C'est ce que je me suis dit en entendant mon homme se payer du bon temps avec mon nouveau clavier aux mille sons aussi inutiles que ridiculement amusants. Un nouveau Pérusse en puissance!

Je ne pourrais le blâmer puisque je n'ai pu m'empêcher d'aller essayer mon nouveau podomètre ultra-sophistiqué avant même d'avoir tout défait les bagages et rangé la maison. Je serai maintenant presque aussi hot que Véronique et ses distances précises courues, kilométrage d'enfer exclus.

Je les attends

Je parle des chardonnerets. Je me suis empressée d'installer la mangeoire que mon frère m'a offerte pour Noël.

Ils sont venus en novembre grignoter les fleurs séchées de mes échinacées. Je ne connais pas intimement ces charmants petits oiseaux jaunes, mais avec un peu de chance, ils reviendont.

Les oiseaux ne possédant pas d'odorat, j'ignore donc comment les chardonnerets découvriront ma mangeoire. J'attends et espère.

vendredi, janvier 04, 2008

Wanted: sommeil

Demandez-moi comment va le retour de la rigueur avec le jeune tenace de deux ans...!

Je vous donne la réponse sans attendre la question : infernal.

Bien que nous soyons fermes et décidés (au moins autant que lui), le jeune homme met plus de deux heures à s’endormir à l'heure de la sieste et pour le dodo du soir…deux heures (X 2) emplies de confrontation, de pleurs, de supplications, de charme pour avoir droit à la chaleur du lit de papa et maman au moment du dodo.

Le prix à payer pour les passe-droits des dernières semaines, l’attention monstre reçue durant les Fêtes et la routine brisée des vacances est très élevé.

À court d’idées pour étirer le temps et attirer l’attention, le jeune souverain y va maintenant des tentatives de séduction et des finesses qui faisaient fureur avec ses nombreuses mamies durant les Fêtes.

Malheureusement pour lui, je ne suis pas une mamie. Bien qu’il soit tout à fait charmant, je ne m’esclaffe pas devant ses numéros de petit chien savant et là où tout le monde en redemandait, je le somme de se taire et de dormir. Il cesse alors ses mimiques (jusqu’à la tentative suivante) et se met à pleurer en implorant mon amour et mon attention de sa détresse sucrée.

Il réussit à toucher ma corde sensible, certes, mais je fais de mon mieux pour ne pas broncher. Quelle mère cruelle je suis (quelle mère en quête de sommeil et d’intimité amoureuse je suis!)!

Il s’endort après minuit depuis bientôt une semaine et son sommeil, tout comme le nôtre, est complètement décyclé.

Espérons voir rapidement le bout du tunnel et reprendre un paisible contrôle de la routine.

mercredi, janvier 02, 2008

La montagne de Papi

La montagne de Papi, c'est le repère pour savoir quand on est presque arrivé chez mon père (!) après un long trajet pour les enfants. Lorsque de l'autoroute nous l'apercevons, c'est que dans quelques minutes, nous serons arrivés à bon port. La montagne de Papi, c'est celle-ci, qui est illuminée le soir et dont on soupire d'envie à la vue des pistes.

La montagne de Papi, c'est celle à qui nous avons succombé la veille du jour de l'an, juste avant de s'habiller chic et d'aller rejoindre la famille. C'est aussi la responsable de mon mal de cuisses et de genoux d'hier. Il fallait bien se dérouiller!

Je n'avais jamais skié sur autant de neige et nous avons passé des moments fort agréables!

Ma soirée fut marquée par l'observation intensive de l'argent investi pour le look chez les planchistes. Le père de mes quatre grands était un excellent planchiste innovateur (de la première vague au début des années 90), du temps où la marginalité de ce sport compensait largement pour l'importance du look, du temps où la culture du planchiste était encore à inventer.

Je ne suis pas une skieuse in vestimentairement parlant. Je possède de bonnes bottes, de bons skis, des vêtements d'hiver chauds, sans plus. Exit le look, et cela ne m'empêche pas de me considérer comme tout à fait présentable.

Skier et "plancher" sont des sports dispendieux en soi. Je suis perplexe de constater les évidentes dépenses encourues pour avoir, en plus de cette dispendieuse passion, le look intrinsèque à ce sport.

PS.: C'est une impression personnelle ou quand on se pète la gueule en planche, on a l'air téméraire, casse-cou et audacieux tandis que quand on chute en ski, on a plutôt l'air d'un incapable?

Un cuisinier accompli

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Bombes...

Parmi mes petits cadeaux fabriqués maison: ces bombes de bain choco-fraises, des savons lavande-miel-pavot pas assez esthétiques pour être dévoilés publiquement et des bonbons de massage au beurre de cacao.

La fabrication du savon est fort intéressante et je vais assurément m'y reprendre avec d'autre formes et parfums.

Persévérance

Après le chalet, les cadeaux, la famille, les moments de réjouissance et ceux de tristesse aussi, les forts avec les enfants, la bonne bouffe, les voyages chez la famille, enfin voilà un peu d'accalmie.

Le laxisme est à son meilleur et il faut maintenant regagner de la rigueur avec les enfants. Le tout-petit, particulièrement.

Depuis quelques semaines, nous avons laissé le marmot de "deux zzans!" régir nos habitudes de sommeil. Nous l'avons laissé s'immiscer dans notre intimité de fin de soirée. Parce qu'il est dont mignon, nous nous sommes laissés attendrir par ses finesses, ses moues, sa manipulation, son charmant vocabulaire qui a fait boule de neige depuis quelques temps.

À présent, nous payons largement pour notre manque de rigueur. Cette charmante petite bête nous offre d'interminables crises à l'heure du dodo, hurle, pleure, se relève d'une façon très tenace. J'en ai vu d'autres avec mes aînés, mais jamais de cette trempe.

Bien sûr, je connais moult excuses farfelues pour sortir de son lit. Il ne faut cependant pas sous-estimer l'imagination des enfants et croire que parce qu'il s'agit du sixième, nous sommes immunisées contre l'innovation infantile.

Hier, nous avons eu droit à une nouveauté pas encore breuvetée de notre jeune homme: une fois les ardentes mais vaines réclamations pour sortir de son lit tentées durant plus d'une heure (et des parents à bout de patience, mais toutefois bien décidés à corriger ce mauvais pli), nous l'avons retrouvé debout sur une chaise près du comptoir à 23h. Le jeune cuisinier avait sorti la farine, la margarine et un grand bol, tout ce qu'il y a de plus décidé à préparer des biscuits aux bananes et à m'embarquer dans sa galère.

Surtout, ne pas s'attendrir devant cette charmante scène. Du moins, ne rien en laisser paraître. Une fois de retour dans son lit, il y eût cette scène très touchante du baker's blues: "Mamaaaaan, veux pas dodoooo, mamaaaan yayiiiine (farine)-cocoooos-banaaaanes, mamaaaan d'aideeer (viens m'aider)! Yayiiiiiiine!! Cocooooos! Mamaaan i-a-i-a-o (une nouvelle et curieuse habitude que celle de pleurer en chantonnant le refrain de la ferme à Mathurin)!"

La liste d'ingrédients des biscuits aux bananes fut le leitmotiv des pleurs de ce jeune homme jusqu'à minuit.

Héroïquement, nous avons triomphé. C'est glorieux car pas facile, épuisés, de tenir tête à un enfant qui fera la crise durant une heure ou deux alors qu'il s'endormirait en moins de cinq minutes s'il était admis entre papa et maman.

Ce sera à recommencer ce soir.